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dimanche, 31 janvier 2016 20:17

L'idéologie de la pensée victorieuse Spécial

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Iterou Ogowè
Iterou Ogowè a publié cette année le livre en auto édition numérique intitulé"Lyannaj, la force des ancêtres," (sur amazon.fr, amazon.com à partir des Etats-Unis, etc...). C'est un ouvrage autobiographique où il fait état dans un langage accessible au plus grand nombre, de son itinéraire philosophique et de la façon dont il a découvert, en Afrique, Njia, la voie et l'idéologie de la pensée victorieuse. Le 07 février, il animera le cours interactif intitulé le "Couple Kamit face au menticide"*. Iterou Ogowè qui est responsable de l'éducation historique chez Afrocentricity International France, répond ici aux questions du Shénuti Améni.
Shénuti Améni : Que signifie le "LYANNAJ", titre choisi pour ton nouveau livre?
Iterou Ogowè : Lyannaj, signifie en langue guadeloupéenne, le lien collectif. C'est un néologisme forgé durant les années de lutte par le LKP, mouvement social dont le porte parole est Elie Domota. Ce néologisme est forgé à partir du mot "lyann", qui signifie la liane, dans la langue guadeloupéenne (cf Ludwig, Montbrand, Poullet, Telchid, Dictionnaire Créole Français, éditions Jasor, 1990, page 214).
Pourquoi ai-je choisi ce terme de Lyannaj et non un terme issu de l'omyene, par exemple, la langue d'Afrique centrale parlé par une partie de mes ancêtres ? Et bien tout simplement parce que tout phénomène culturel apparu au sein du monde noir, qui a du sens et qui nous libère, m'intéresse et je m'autorise à l'utiliser, tout simplement, pour le populariser au-delà de son origine géographique pour le rendre opérationnel au niveau de l'ensemble du monde panafricain.
Rien ne dit que dans une publication ultérieure, je n'utiliserai pas un concept issu de l'omyene, du kikongo ou du cikam pour l'appliquer à une échelle plus grande que son origine géographique.
S. A : Qui sont les fameux "Porteurs de lumières" dont tu parles ?
I.O : Les porteurs de "lumière" sont tous les femmes et les hommes de notre communauté qui sont inspirés par "Njia" (la voie en kiswahili). Njia (concept utilisé par Molefi Asante dans le livre l'Afrocentricité) peut être aussi définie comme l'idéologie de la pensée victorieuse. Njia a indiqué à Malcolm X ce qu'il devait faire pour aider notre peuple, mais aussi à Cheikh Anta Diop ou à George G.M. James, la voie la meilleure, en dépit du fait que ces personnes étaient parfois influencées par des idéologies étrangères. Malgré tout, Njia leur est apparue.
En étendant le concept de "porteur de lumière" au delà de l'origine ethnique, on peut dire que d'une certaine façon le militant abolitionniste blanc John Brown, durant la servitude des Africains en Amérique, a été un porteur de lumière, du fait qu'il avait pris les armes, avec ses fils (leucodermes aussi), pour lutter contre la pratique barbare de l'esclavage. Cela est allé jusqu'au sacrifice ultime : puisque ce combattant de la liberté a été pendu par les autorités du sud esclavagiste.
Là aussi, il faut souligner que de la même manière que Malcolm X était influencé par l'islam, Brown était un chrétien convaincu, mais il subsiste chez certains humains, une grande nostalgie de la Maât (la vérité, justice, harmonie), même si ils s'en inspirent de façon instinctive, sans la connaître réellement. Je pense que c'est ce refus de l'injustice et du mensonge, qui nous rend tous véritablement humains.
S. A : Dans cet ouvrage, tu fais mention de tes origines normandes. Que signifie pour toi être français et comment arrives-tu à concilier ce métissage avec la vision afrocentrique ?
I.O : On peut concilier le "métissage" et la vision afrocentrique, tout simplement en prenant conscience que le "métissage"... n'existe pas ! Qu'est-ce que je veux dire par là ? Bien sûr, il existe des individus qui sont issus d'une alliance entre personnes d'origine géographiques différentes et possédant des phénotypes (apparences physiques) différents. C'est mon cas Shénuti Améni. Et tu es toi aussi concerné. Mais la science nous a appris que l'espèce humaine est d'origine monogénétique. C'est à dire que tous les êtres humains sur terre ont des ancêtres communs qui sont Africains.
Selon la loi de Gloger, les premiers êtres humains apparus dans la région de l'Afrique de l'Est (- 200 000 ans pour les Humains Modernes) étaient fortement pigmentés (noirs) de façon à ce que leur peau soit protégée contre les rayons ultraviolets.

"C'est à dire que tous les êtres humains sur terre ont des ancêtres communs qui sont Africains."

Les êtres humains modernes de phénotype européen (peau pâle, bouche rentrée), sont manifestement apparus avec la glaciation wurmienne, c'est à dire qu'ils sont le résultat d'une mutation de leur ancêtre africain sous des latitudes particulièrement froides. Avec des températures particulièrement basses, ces êtres humains africains noirs ont du se réfugier dans des grottes pendant plusieurs dizaines de millénaires.
Autant la peau noire est un rempart efficace contre les rayons ultraviolets du berceau méridional, autant un nez rétréci et des narines étroites sont adaptées pour laisser l'air froid pénétrer dans le corps humain de façon parcimonieuse, dans les régions les plus glaciales du globe. Comme disait le sesh Anta diop, « la nature ne fait rien au hasard » , (Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, Présence Africaine, 1985).
Mais revenons au "métissage". La notion de métissage repose sur le polycentrisme, l'idée selon laquelle l'être humain serait apparu sur terre plus ou moins simultanément, dans des zones géographiques différentes. Dès lors il y aurait quasiment plusieurs espèces humaines. Souvent, mais pas toujours, les tenants de la thèse polycentriste (plusieurs centres) sont partisans d'une inégalité rigoureuse des "races" humaines, aussi bien en beauté, qu'en intelligence. Mais le racisme, comme l'a si bien dit le psychologue Asa Hilliard, "est un désordre mental".
Sandrine Ngalula Mubenga a inventé une voiture hybride (électricité/hydrogène)
Ce désordre mental, provient d'un profond sentiment d'insécurité psychologique du raciste qui essaie de proclamer toutes les cinq minutes sa soi-disant excellence et supériorité. Si nous les Noirs sommes réellement "inférieurs", pour quelles raisons les racistes assassinent nos prophètes constamment (Lumumba, Malcolm, etc... ) et essaient-ils de camoufler les réalisations scientifiques de nos savants (Imhotep, Benjamin Banneker, Sandrine Ngalula Mubenga)... Si vraiment, nous sommes des "minables", et bien tout ce que nous accomplirons sera voué à l'échec et donc, il ne sert à rien de nous bombarder, de nous assassiner et de falsifier l'histoire. L'idée d'inégalité des races, repose sur une mauvaise foi évidente et sur une propagande constante qu'il ne faut surtout pas confondre avec la science, la vraie science.
Si l'origine de l'humanité est unique et africaine, il n'y pas plusieurs espèces humaines qui peuvent éventuellement fusionner par métissage. Il n'y a qu'une seule espèce humaine. Dès lors l'idéologie du métissage est un mythe raciste et colonial.
Chez Afrocentricity International nous considérons que tout Kamit dont au moins l'un des parents est Kamit, est lui-même Kamit. De la même façon se définir comme "noir" peut être aussi problématique, parce que la notion de "noir" est liée au statut de servilité dans les sociétés eurasiatiques si on se réfère aux travaux du frère Amouna Ngouonimba. De ce fait elle serait liée à l'origine, selon cet auteur, non à la couleur, mais au statut social. Ce n'est que tardivement, l'occasion faisant le larron, qu'elle aurait été appliquée aux Africains au statut de parias durant l'esclavage puis la colonisation.
Le mot kamit désigne la couleur noire et en même temps il signifie "complet". Il provient du cikam, la langue de l'Egypte pharaonique (Ta Meri). Il faut que nous utilisions le plus souvent des concepts qui dérivent de nos langues, pour éviter l'orientation intellectuelle erronée.
S. A : Tu affirmes, en parlant de l'afrocentricité, je cite : "La question du pourcentage de sang blanc ou noir que l'on peut avoir dans les veines est véritablement secondaire". Cela veut-il dire qu'un leucoderme peut-être afrocentrique ?
I.O : Pour le sesh Molefi Kete Asante, effectivement, un leucoderme, un Blanc peut être afrocentrique. Cela veut dire qu'il reconnaît la place de l'Afrique comme centrale dans l'histoire de l'humanité, comme lieu de naissance des Homo Sapiens Sapiens et avant eux des Hominidés et surtout qu'il reconnait le rôle essentiel de la civilisation africaine dans la transmission de valeurs essentielles comme la notion de vie après la mort et de respect de la femme.
Maintenant il est clair qu'un Blanc ne peut pas être membre d'Afrocentricity International. Parce que cette association est une association communautaire. Enfin, il est clair que tant que la majorité des Européens n'auront pas rompu avec leur agenda de psychopathes (ils prétendent avoir tous les droits et nous disent que nous n'avons que des devoirs), il sera difficile de leur faire réellement confiance, même si certains individus parmi eux peuvent se distinguer par leur amour de la justice et leur absence de préjugés "raciaux". Mais soyons très clairs. Ces invidus-là existent, mais ils ne sont vraiment pas nombreux.
S. A : Quelle est ta position quant au métissage ?
I. O : Le métissage n'existe pas en tant que tel. C'est un concept politique et non scientifique. Mais les individus d'origine mixte doivent bien sûr respecter leurs parents quel que soit leur origine. Ils peuvent aussi essayer de mieux comprendre l'humanité. Mais cette tâche incombe à tous. Il n'y a donc pas de statut spécial lié aux individus d'origine mixte. Ils ne sont ni spécialement bénis, ni particulièrement maudits.
S. A : Dans ton livre, tu compares la colonisation à un viol que Kamita (l’Afrique) aurait subi, impuissante, en détournant le regard... Ne penses-tu pas qu'elle a essayé de se défendre ?
O : Les Kamits ont bien sûr, essayé de se défendre. D'ailleurs, dans plusieurs cas (la bataille d'Adoua remporté par Ménélik contre les Italiens, en 1896 ou la bataille de Vertières - 1803 - remportée par les Haïtiens contre les troupes napoléoniennes , dont je parle dans mon livre précédent L'Harmonie Kamite" éditions Menaibuc), ils furent même victorieux.
Il n'en demeure pas moins Shénuti Améni que l'Occident et l'Orient se sont montrés particulièrement agressifs à notre encontre durant ces derniers millénaires. Le point culminant de cette agression a été notre asservissement par les musulmans arabes et par les chrétiens européens. La soeur Rosa Amelia Plumelle Uribe, mentionne en plus de ces deux zones culturelles de propagation de l'antikamitisme, le rôle des Juifs dans notre asservissement (Victimes des esclavagistes, musulmans, chrétiens et juifs, R. A. Plumelle Uribe, Anibwe, 2011). Les personnes qui se définissent comme "juives" font partie de l'humanité et elles ne sont pas exempts de toute critique, contrairement à ce que certains pensent. Nous croyons fermement à l'égalité des êtres humains et nous n'entendons pas abandonner une hiérarchie des "races", pour la remplacer par une autre.
S. A : Qu'est-ce que l'éducation afrocentrique ?
I.O : Une éducation afrocentrique est une éducation qui place les valeurs africaines, kamites, au centre. Dans le mot afrocentrique, il y a deux termes.
1. Le terme "Afrique", 2. Le terme "Centre"
Selon l'universitaire japonais Yoshitaka Miike, qui analyse brillament la pensée du Sesh Molefi "chaque culture humaine doit être centrée."
C'est ainsi que les références pour les Africains, où qu'ils vivent, doivent être africaines.
Nous utilisons le terme "Afrique" pour être compris par tout le monde. Nous savons, à l'instar du Sesh Wonkiamma Ankhiman, que le terme "Afrique" n'est pas un terme endogène. Le terme kamit est plus approprié. C'est vrai. Mais, nous entendons amener les gens vers leurs valeurs de façon progressive. Notre approche est critiquable, bien sûr, mais c'est la méthode que nous avons choisie. Le terme "Afrique" renvoie à un continent, le continent africain. C'est une façon de rappeler aux frères et aux soeurs de la diaspora qu'ils sont les enfants de ce continent.

"L'éducation afrocentrique doit nous permettre de développer un amour pour notre peuple à travers l'enseignement de l'histoire réelle de l'Afrique et du monde."

Etre afrocentrique c'est reconnaître la grandeur de la Grande Divinité, qui est trop grande pour être nommée et interrogée (hymne à Amon, papyrus de Leyde). C'est prier les Neterou (les Lwas, les Orishas), c'est à dire les esprits tutélaires. Et c'est bien sûr prier les ancêtres, les grands ancêtres communs (ceux cités dans le cadre du culte kamit que tu accomplis fort bien d'ailleurs, shénuti Améni, ancêtres tels que Sembène Ousmane, Paul Robeson, Yaa Assentewaa, Malcolm X, Marcus Garvey, Nzinga, etc...) et bien sûr les ancêtres personnels.
L'éducation afrocentrique doit nous permettre de développer un amour pour notre peuple à travers l'enseignement de l'histoire réelle de l'Afrique et du monde. Elle doit nous permettre d'unir notre pensée et non de la compartimenter comme c'est le cas dans le cursus eurocentrique.
Elle doit nous permettre d'échapper au meurtre de l'esprit (menticide).
Nous aurons ainsi des artistes conscients de ce que le monde doit à leur civilisation. Des gens inspirés comme les jazzmen Steve Coleman ou Randy Weston. Des écrivains et chercheurs inspirés comme la per aat Ama ou le Sesh Molefi. Des shénuti déterminés et maâtiques comme toi frère Améni. Des architectes et médecins talentueux et sages comme l'ancêtre Imhotep divinisé. Et bien sûr des mères et des pères de famille aimants et compréhensifs...
S. A : Tu décris les difficultés que tu as rencontrées en voulant réapprendre l'omyene. D'où proviens cet échec de transmission de la langue, de la part denos parents selon toi ?
I. O : Les parents ont fait ce qu'ils ont pu, compte tenu du contexte néocolonial. J'ai essayé d'apprendre l'omyene. J'ai des bases solides, comme je le dis dans mon livre, mais je n'ai pas la fluidité que j'ai en français. Si j'avais vécu plus longtemps en Afrique, le problème aurait été résolu. Mais peut être que les ancêtres voulaient que je reparte en Europe, parce qu'une mission, ingrate, m'attendait ici, qui sait ?
S. A : Notre aliénation et notre éloignement culturel constituent-ils des obstacles dans nos relations avec les nôtres sur le continent ?
I.O : Bien sûr que oui. Mais comme le dit le sesh Molefi, être africain ne signifie pas être afrocentrique. Etre afrocentrique, s'est reconnaître le fait qu'à cause de l'esclavage, de la colonisation et de l'assimilation culturelle, les Africains ont été éloignés de leur centre géographique et culturel. Etre afrocentrique s'est oeuvrer pour le rétablissement de la Maât, c'est à dire de la vérité et de la justice. Et nous ne voulons pas d'une "justice" et d'une "vérité" qui nous seraient étrangères, sinon il s'agirait d'une "libération" en trompe-l'oeil. Certains Africains du continent sont plus décentrés que nous, à cause de leur adhésion au christianisme colonial et à l'islam arabo-musulman.
S. A : Tu nommes dans ton livre de nombreux personnages emblématiques de la lutte panafricaine... Quels sont ceux qui t'ont le plus inspiré ?
I. O : En Afrique, la lecture des livres de Mongo Beti et de Théophile Obenga, m'ont beaucoup apporté. D'une part, sur la connaissance de l'oppression et d'autres part sur l'aspect sophistiqué et sage de notre culture. Je pense notamment au livre "Les Bantu", du sesh Obenga et au roman "Le pauvre Christ de Bomba" de Mongo Beti.
Mongo Beti
S. A : Pourquoi penses-tu que la fidélité aux ancêtres est si importante ?
I. O : La fidélité aux ancêtres est primordiale, parce qu'elle nous permet de nous connecter à ceux qui nous ont précédé sur terre. Nous les prions, nous les honorons et ils nous assistent.
S. A : Quelle place occupe la spiritualité dans ce que tu appelles le Lyannaj ?
I. O : Le Lyannaj, n'est pas vraiment une théorie pour moi, mais le Lyannaj Kont Pwofitasyon est un grand mouvement de "marronage". Mais c'est vrai que d'un point de vue philosophique, ce qui est intéressant, c'est que l'idée de Lyannaj nous fait comprendre que tout est lié tout est interdépendant. Il suffit de regarder l'image de lianes enchevetrées qu'il y a sur la couverture de mon livre.

"Sans spiritualité nous devenons des corps privés d'esprit. C'est une négation de notre propre humanité."

La spiritualité c'est la croyance en l'invisible. Pour le sesh Molefi, la pensée africaine c'est le personnalisme. Nous Africains pensons que le matériel et le spirituel sont fortement liés. En d'autres mots, Doumbi Fakoly dit que "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas."
Sans spiritualité nous devenons des corps privés d'esprit. C'est une négation de notre propre humanité. Ce n'est pas pour rien que les Occidentaux qui s'affirmaient depuis plusieurs siècles comme les champions de l'athéisme, ont fait semblant de redécouvrir la vie des esprits de leurs ancêtres avec Allan Kardec et plus récemment avec le docteur anésthésiste Jean-Jacques Charbonier.
S. A : Qui est Frances Cress Welsing et que représente-t-elle pour toi ?
I.O : Frances Cress Welsing est à présent une ancêtre bienveillante que nous devons honorer. Frances Cress Welsing (1935-2016) est une psychiatre africaine américaine. Elle est l'auteure du livre "The Isis Papers, The Keys to the Colors", dont la dernière édition date de 1991. Une traduction française va voir le jour très bientôt, grâce au travail de la per aat Ama.
 
Frances Cress Welsing
Frances Cress Welsing est la mère de la théorie de la confrontation des couleurs, dite théorie de Cress. De quoi s'agit-il ? Du fait du sentiment d'insécurité éprouvé par ceux qui se définissent comme Blancs, au sein de l'ensemble de la population humaine mondiale, composée majoritairement de personnes noires, marron et jaune, les "Caucasiens" se caractérisent par une agression systématique à l'encontre de la majorité "de couleur".
De quoi ont-ils peur ? De leur annhilation génétique, tout simplement. En effet, dans un monde normal, libre de tout préjugé de couleur, sans discrimination et sans génocide, les Blancs seront fondus dans l'ensemble humain de couleur et disparaîtront, non en tant qu'êtres humains bien sûr, mais en tant que Blancs. D'où leur opposition au "métissage". Cette angoisse se traduit aussi par leurs assauts répétés contre l'image du couple Femme Noire/Homme Noir. Les histoires sordides dans la presse européenne sur les couples d'artistes noirs connus qui se déchirent, ne sont pas là pour nous démentir.
Dès lors, beaucoup d'éléments - sinon la majorité - du système idéologique européen ont pour but selon Welsing, d'éviter l'annihilation génétique des Blancs. C'est ainsi que Frances Cress Welsing voit un lien entre la promotion par l'establishment eurocentriste de l'homesexualité masculine noire, le tabagisme, le jeu de billard, la forme de la tour Eiffel, tout un tas de fantasmes et de symboles qui se rattachent à cette peur essentielle.
Pour Frances Cress Welsing, les termes "racisme, suprématie blanche et apartheid," désignent la même réalité.
S. A : Quelle définition donnerais-tu au racisme ?
I. O : Je vais faire court et je me limiterais à la définition du professeur Asa Hilliard, je dirai que le racisme "est un désordre mental."
S. A : Ce livre ne faisant pas seulement état de ta personne, peux-tu nous faire part des autres protagonistes dont tu fais mention dans cet ouvrage ?
Dans ce livre, les autres protagonistes sont notamment ma deuxième mère, la femme de mon père, qui m'a dit un jour que je venais de France : "Lis-ça, tu sauras que tes ancêtres ont fait", en l'occurence il s'agissait de mes ancêtres français. Il s'agissait de la colonisation, puisque le livre qu'elle me recommandait était "Le Pauvre Christ de Bomba" de Mongo Beti.
Enfin, dans ce livre, j'évoque aussi, le combat menée par Odile Tobner, aux côtés de son mari Mongo Beti. Odile Tobner, une universitaire française, est l'auteure du livre “Du racisme français," une analyse au vitriol, très édifiante, du racisme décomplexé des Français, notamment dans le domaine de la politique et du show business .
Benny Wenda
Dans mon livre, j'évoque aussi le combat de Benny Wenda, le roi traditionnel papou. Son peuple - un peuple kamit - est victime d'un génocide perpétré par l'Indonésie. Benny Wenda a demandé aux pays africains de venir au secours des Papous. L'Afrique officielle a-t'elle entendu son message ? Rien n'est moins sûr.
S.A : Quelle est pour toi la véritable place de Kamita dans le monde ?
I.O : Kamita est la lumière du monde. Et je sais pourquoi je dis cela. En tout cas, il suffit de lire "L'Héritage Volé" de George G.M. James (éditions Afrocentricity International) pour avoir un aperçu de ce que nous Africains, avons donné au monde.
Nous avons donnné au monde, le plus important, c'est à dire la sagesse.
S. A : Tu termines ton livre en manifestant ton désaccord concernant la citation de Nadine Morano qui affirmait que la France est un pays de race blanche. Que penses-tu des Kamits des Caraïbes qui se disent également français ? Devraient- ils effectivement se résoudre à cette identité et accepter la domination française et l'héritage esclavagiste ?
I. O : La France est un pays peuplé actuellement par une majorité de personnes qui se définissent comme "blanches". Mais la notion de "race" n'est pas valide sur le plan scientifique. La notion de race est issue d'un projet politique : Opprimer les Africains et les priver de leurs richesses. Le racisme, qui est un désordre mental, est venu “justifier" ce projet criminel de l'Occident. Que des gens se reconnaissent dans ce projet criminel, c'est leur problème, mais ce n'est certainement pas mon cas.

"Nous pouvons être chez nous en France, comme n'importe quelle communauté qui cherche à vivre dans ce pays, sans pour autant nous sentir français."

Je dis dans mon livre que les premières populations humaines qui occupaient l'espace géographique qui devait devenir plus tard "la France" étaient des populations africaines, kamites. Attention ! Antériorité ne veut pas dire supériorité. Et ceux qui qualifient notre démarche de raciste, nous ont mal lus ou pas lu du tout. Et bien sûr, ensuite, après que la France se soit constituée en tant que nation, des personnages illustres d'ascendance kamite, l'ont fait briller de mille feux, comme Du Guesclin, Alexandre Dumas Père ou George Nicolo. Nous ne prétendons pas "avoir fait la France", ni être plus français que quiconque. Nous disons seulement qu'en tant qu'êtres humains libres et dignes, nous sommes partout chez nous sur terre. Mais notre berceau demeure Kamita. Nous sommes des Kamits. Le mythe de l'Africain noir, paria de l'humanité et étranger partout, y compris en Afrique, est une lubie raciste de plus qui ne nous intéresse pas, mais il faut bien répondre aux déclarations provocatrices de Madame Morano, qui essaie avec ces rodomontades de cacher son propre sentiment d'insécurité dans ce monde qu'elle ne comprend pas.
Pour répondre à la dernière partie de ta question Shénuti Améni, je dirai que se définir comme français quand on est Afrodescendant est une déviation idéologique. Nous pouvons être chez nous en France, comme n'importe quelle communauté qui cherche à vivre dans ce pays, sans pour autant nous sentir français. Derrière la notion d'universalité de l'identité française, il y a toute une démarche assimilationniste, qui va de pair avec la notion de racisme/suprématie blanche/apartheid.
On peut maîtriser les codes de la société française, savoir bien parler la langue française, respecter le peuple français, sans se sentir obligé de lui ressembler en tous points. Nous avons l'année dernière fêté les 130 ans du livre du grand ancêtre Anténor Firmin "de l'égalité des races humaines". Je pense qu'il est temps à présent de mettre un terme à cette fascination morbide que nous éprouvons pour la France.
Tous les sujets que nous abordons aujourd'hui sont généralement - tu as du toi aussi le remarquer Shénuti - tabous pour notre peuple. C'est comme si nous avions peur de penser. Cette autocensure est le résultat des siècles de domination, de répression et d'aliénation culturelle que nous avons subies.
C'est ainsi que les autres s'emparent de ces thèmes plus complexes qu'il n'y paraît, le plus souvent par démagogie ou mus par une peur irrationnelle, pour raconter au final... les pires absurdités. Il est tant que nous prenions la parole à notre tour, non pour jeter de l'huile sur le feu, mais pour apporter l'éclairage de la science et de la sagesse. Nous sommes les aînés de l'humanité. Comportons nous en conséquence.
 
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