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Iterou Ogowè

Samedi 3 décembre le professeur Molefi Kete Asante rendra hommage à Joseph Ki-Zerbo le grand historien burkinabé dans le cadre de l'événement suivant :
HOMMAGE AUX PEUPLES RESISTANTS DU BURKINA FASO ET D'AFRIQUE, HOMMAGE A JOSEPH KI-ZERBO, événement qui se tiendra à l'Ambassade du Burkina Faso, le 3 décembre 2016, à 14H30

Joseph Ki-Zerbo (1922-2006) fut avec Cheikh Anta Diop ou Ibrahima Baba Kaké, l'un des grands historiens africains du XXème siècle.

Son héritage est immense. L'accumulation de connaissances et de réflexion, qu'il nous a transmise, est un outil puissant, pour la libération de l'Afrique.

On lui doit notamment la rédaction d'ouvrages tels que "Eduquer ou périr", Paris Unesco, 1990. Il a dirigé les volumes I et IV de L'Histoire générale de l'Afrique, Unesco.

Militant politique, il fut aussi, dans son pays le Burkina Faso, militant du Parti pour la Démocratie et le Progrès (PDP). Il fut fortement impliqué dans la lutte contre l'impunité et les crimes économiques dans son pays sous l'ère Compaoré.

Le professeur Molefi Kete Asante est l'organisateur international d'Afrocentricity International. Son ouvrage fondateur traduit en français, L'Afrocentricité, éditions Afrocentricity International, sera bientôt en vente à la librairie Tamery ( rue du Chalet , Paris).

Molefi Kete Asante a fait de l'Afrocentricité un concept opérationnel en matière de renaissance culturelle.
L'Afrocentricité est une philosophie qui nous incite en tant qu'Africains et Afrodescendants, à reprendre le contrôle total de notre espace mental, spirituel et culturel, afin de valoriser ce qui nous unit et minimiser ce qui nous divise... dans le respect de nos ancêtres et de nos génies tutélaires. Cette action doit se déployer dans tous les secteurs de la vie : politique, économie, éducation, arts, architecture, vie familiale...

A ce propos, il est bon de se rappeler que Joseph Ki-Zerbo lui-même disait : "Il faut partir de son centre, en dépassant la périphérie par l'esprit, en se fondant ou refondant soi-même." A Quand l'Afrique ?, Editions d'En Bas, 2013.

Molefi Kete Asante vient de Philadelphie (Etats-Unis), pour rendre hommage à son compagnon de lutte Joseph Ki-Zerbo.

Outre le Sesh Molefi, Jean François PETIT, Co-directeur du Réseau philosophique de l’interculturel (REPHI), ainsi que Yash Tandon (économiste, Ouganda), évoquerons divers aspects du combat mené par Joseph Ki-Zerbo, notamment sur les plans religieux, culturels et économiques.

Sous le parrainage de S.E.M. Alain F. ILBOUDO,

Ambassadeur du Burkina Faso en France

Organisé par le Comité international Joseph Ki-Zerbo pour l'Afrique et sa

Diaspora (CIJKAD) et le Mouvement burkinabè des droits de l'Homme et des

peuples/Section France

Contact: 06 60 14 00 22 ou 06 26 75 26 09

Le livre de George G.M. James, publié pour la première fois aux Etats-Unis en 1954, a été traduit en français sous le titre "L'Héritage Volé" (éditions Afrocentricity International, 2015). Dans cet ouvrage, l'auteur guyanais, professeur de latin et de grec à Pine Bluff (Arkansas), joue les détectives de l'histoire. Il mène une véritable enquête pour retrouver les origines de la philosophie. Aux sources de celle-ci, il y a Ta Meri (1), Kemet (2), l'Afrique en quelque sorte. Pour James, c'est clair, les Grecs ont usurpé la philosophie égyptienne. Il y a quelque chose de vraiment paradoxal. Pour l'homme de la rue, la philosophie est d'origine grecque. Or, quand on se penche sur l'histoire de celle-ci, on constate que la Grèce n'a pas accueilli cette philosophie avec tout l'honneur qui lui était dû. Socrate (470-399 avant notre ère) a été jugé et mis à mort par les autorités athéniennes. L'un de ses disciples les plus éminents Platon, fut obligé de s'exiler. Que reprochait-on à Socrate ? C'était le fait d'avoir introduit à Athènes des idées étrangères. En effet, "sa théorie fondée sur la connaissance de soi, "Connais-toi toi-même", est une copie conforme des inscriptions qui étaient inscrites à l'extérieur des temples égyptiens. Ses doctrines de l'immortalité, de la purification de l'âme et du Souverain Bien constituaient un condensé de la théorie de la Purification telle qu'elle était enseignée dans le cadre des Mystères. Socrate lui-même l'a expliqué. Le but de la philosophie était de sauver les âmes par un processus de purification qui élevait l'homme au dessus de sa condition de simple mortel, pour finalement le faire accéder à l'immortalité. C'était l'accomplissement, c'était le Sumum Bonum ou Souverain Bien." (L'Héritage Volé, traduction Etombè et Iterou Ogowè). Malheureusement pour Socrate et les siens, le gouvernement athénien va le condamner à mort pour avoir introduit dans la cité des idées étrangères. Et c'est là qu'on peut se souvenir des mots de Cheikh Anta Diop : "La Grèce était réfractaire à la science avant son contact avec l'Egypte." Réfractaire à la science... Et à la philosophie ? En fait, cette distinction que l'on fait aujourd'hui entre la philosophie et la science , n'avait aucun sens durant l'antiquité. Le Kamit (égyptien) Imhotep (2700 avant J-C) était philosophe, médecin et architecte. A cette époque la Grèce n'existait pas encore en tant que nation constituée. Thalès (625-547), le Grec était philosophe et mathématicien. C'était aussi le cas de Pythagore (580-495 avant J-C). Thalès a étudié en Egypte (Ta Meri), idem pour Pythagore. Ce dernier a passé vingt-deux ans en Afrique selon son biographe Jamblique, pour obtenir une formation digne de ce nom. Ce que l'on sait moins, c'est que Platon et Socrate ont aussi étudié à Ta Meri (Egypte). Ces informations, nous les avons par les ouvrages de Diop, d'Omotunde, ainsi que par les traductions des auteurs de l'antiquité. Qu'est-ce que ce livre "L'Héritage Volé", apporte de nouveau ? Le livre de James nous fait comprendre le processus qui nous permet d'affirmer aujourd'hui que oui, les Grecs ont bien volé la philosophie kémite (égyptienne). Les protagonistes de cette affaire sont Alexandre le Grand, qui envahit Ta Meri en 332 avant notre ère, Aristote qui à cette occasion, mit la main sur un nombre très important de livres scientifiques, les empereurs romains Théodose et Justinien, qui proclamèrent le christianisme comme religion officielle et firent fermer les temples Kemits où avaient lieu les Mystères Egyptiens. Dès lors les Mystères des Africains vont être marginalisés et le Christianisme va s'installer durablement comme Religion à vocation universelle. Notons que le mot "catholique" du grec "katholikos", signifie justement universel. C'est l'école d'Aristote qui mettra la main sur la philosophie des Kemits. Théophile Obenga, helléniste émérite, nous dit que le dictionnaire étymologique du grec, Chantraine, présente le mot "sophia" comme étant d'origine inconnue. Pour Molefi Kete Asante, "le mot philosophie tel qui nous parvient par l'intermédiaire du grec, comporte deux parties "philo" qui signifie frère ou amoureux et "sophia" qui veut dire "sagesse" et "le sage". Ainsi un philosophe, est en fait appelé "un amoureux de la sagesse". Ce mot "Sophia" provient d'une langue africaine, les Mdw Ntr, la langue de l'Ancienne Egypte où le mot "seba" signifiant "le sage" apparaît pour la première fois en 2052 avant J-C, dans la tombe d'Antef I, bien avant l'existence de la Grèce et du peuple grec. Ce mot évolua en "Sebo" en copte et en "Sophia" dans la langue grecque. De la même façon que le Philosophe signifie étymologiquement "l'amoureux de la sagesse". "Seba" signifie le Sage, dans les écrits figurants dans les anciennes tombes des Egyptiens." (L'origine africaine de la philosophie, mythe ou réalité ?", (dyabukam.com). Mais revenons au livre de George G.M. James, "L'Héritage volé". James retrace le chemin suivi par la philosophie. Avant les Grecs athéniens, les Ioniens et les Italiens ont été en contact avec cette philosophie, mais il ne leur serait jamais venu à l'idée de s'attribuer ces connaissances. Mais quelle est la doctrine qui serait la mère africaine de cette philosophie grecque ? Il s'agit, selon James, de la Théologie Memphite : "La Théologie Memphite est une inscription sur un pierre qui se trouve à présent au British Museum. Elle contient à la fois la théologie, la cosmologie et les conceptions philosophiques des Kemits. J'y ai fait déjà référence dans mon étude sur les doctrines de Platon : mais cela doit être encore répété ici, afin de souligner son importance prépondérante en tant que base de toute la philosophie grecque. Elle est datée de 700 avant J-C et porte le nom d'un pharaon égyptien qui affirma avoir copié une inscription de ses ancêtres. Cette affirmation peut être vérifiée par la langue et la composition du texte qui sont tout à fait caractéristiques du style des Kemits d'une certaine époque. Ainsi la date originale de la théologie memphite est fixée à une période très ancienne de l'histoire égyptienne. Il s'agit de l'époque durant laquelle les premières dynasties décidèrent d'établir leur première capitale à Memphis, la cité du dieu Ptah et là, nous sommes en 4000 et 3500 avant J-C (Henri Frankfort, Intellectual Adventure of Ancient Man, p. 55), (L'Héritage volé, page 189). "De l'eau provient toute chose" est notamment l'un des postulats des philosophes présocratiques. Justement, dans la théologie memphite, égyptienne, kemite, africaine, on nous dit qu'à l'origine, il y a le Noun, une étendue d'eau. C'est de là que proviennent les entités divines. Râ lui-même provient du Noun. Informés sur les recherches métaphysiques de nos ancêtres, que devons-nous faire aujourd'hui ? La question est pertinente parce que pour James, sans ce vol de la philosophie kemite (les Mystères Egyptiens) le continent africain aurait aujourd'hui, une toute autre réputation. Parce que c'est à cause de ce vol, que le continent africain est aujourd'hui présenté comme un continent arriéré qui n'aurait apporté aucune contribution à la civilisation. Ainsi pour George G.M. James, par une éducation véritable, il s'agit de faire en sorte que les uns, (les Blancs) se débarrassent de leur complexe de supériorité. Simultanément les autres (les Noirs), doivent s'affranchir de leur complexe d'infériorité. L'auteur appelle ainsi de ses voeux une Nouvelle Philosophie Africaine de la Rédemption. Comme Cheikh Anta Diop, George G.M. James apparaît comme un véritable précurseur de l'Afrocentricité, notre mouvement intellectuel d'émancipation qui vit le jour en 1980, avec le livre "Afrocentricity, the Theory of Social Change", de Molefi Kete Asante.* Iterou Ogowè "L'Héritage volé" est disponible chez Soul Brother, à Paris, métro Châtelet Les Halles, 4 rue des prêcheurs, 75001 Paris. Prix 25 euros. Ce livre est aussi en vente dans les événements organisés par de nombreuses sections d'Afrocentricity International à travers le monde. 1. Ta Meri, littéralement "le Pays bien-aimé" en cikam. Il s'agit de l'espace géographique que l'on désigne aujourd'hui sous le nom d'Egypte. 2. Kemet, la noire, c'est à dire Ta Meri - le pays bien-aimé + Ta Seti - La terre de l'Arc + Ta Neter, La terre du démiurge. *"L'Afrocentricité", dans sa version française traduite de l'anglais par Ama Mazama, est éditée par Afrocentricity International (2014).
lundi, 29 février 2016 20:26

Ecole d'Ataye : Un rêve, une destinée

Narmer Assefa est un enseignant kamit d'origine éthiopienne vivant actuellement en France. Il est le promoteur d'un projet de construction d'école afrocentrique dans son pays d'origine (village d'Ataye).*
Ce projet qui a été initié en 2012, nécessitait au départ un financement de 17000 euros.
La volonté affichée des promoteurs de ce projet, porté à bout de bras par Narmer Assefa est, comme on peut s'en douter, de permettre la diffusion du paradigme kamit ou afrocentrique au sein d'une école, un bâtiment ayant la capacité de recevoir 300 élèves. Ceux-ci seront choisis dans une classe d'âge allant de 9 ans à 14 ans.
Comme le dit le Sesh Molefi Kete Asante, qui a beaucoup voyagé en Afrique : "J'ai vu beaucoup d'universités en Afrique, mais je n'ai vu aucune université africaine, uniquement des universités européennes." Hélas, ce constat vaut aussi pour les écoles et on voit à quel point le projet du frère Narmer est révolutionnaire et novateur.
Propos recueillis par Iterou Ogowè
I.O. : Narmer Assefa, où en est votre projet d'école kamite d'Ataye ? Avez-vous pu réunir tous les financements qui étaient requis au départ ?
Narmer Assefa : Nous avons eu un long parcours dans cette aventure d'Ecole Kamite d'Atayé. Nous avons fait depuis 2012 une bonne progression dans les travaux. Avec le frère Henok qui est le responsable locale à Atayé, nous nous battons à tous les niveaux pour garder le projet toujours en vie.
Nous avons régulièrement quelques soucis avec les autorités locales. Car ces dernières souhaitent que les travaux avancent plus vite et que la population puissent rapidement bénéficier du service que nous allons proposer.
Nous subissons donc des pressions des agents de la mairie d'Atayé pour cause de retard des travaux. Nul doute, que notre principale difficulté a toujours été notre capacité à réunir les fonds à temps. De ce point de vue, nous avons, on peut le dire, des difficultés pour trouver l'argent nécessaire pour faire avancer notre projet plus rapidement.
Malgré tous les obstacles, actuellement, nous sommes en train de finaliser notre projet d'Ecole Kamite d'Ethiopie. Nous avons accompli avec succès et non sans quelques difficultés, les travaux les plus couteux : d'abord, nous avons du dès le départ trouver 20% du montant global estimé à 17 000€, soit (3500€).
Ensuite, nous avons du financer les travaux des fondations, sans compter les frais d'achat du matériel (barre d'acier, ciments, agrégats, tolles, location des machines, honorer les ouvriers, l'architecte ainsi que l'ingénieur.
 
 
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Enfin, nous avons du financer les travaux des colonnes qui ont nécessité l'achat de ces mêmes matériaux. A chaque fois et à chaque étape c'est vraiement très érpouvant de devoir se battre pour réunir les fonds. Au moment où je vous parle nous sommes au stade de l'installation des dalles. Il nous faut trouver du financement pour la fin des travaux. Il nous faudrait collecter 8000 € mais si déjà on réussi à rassembler 3000 €, cela nous permettrait de souffler un peu et de moins subir cette pression des politiciens qui pèse sur nous.
Vous êtes pas sans le savoir, nous menons ici une démarche entièrement endogène. Autrement dit nous ne faisons pas appel à des organismes humanitaires spécialisés dans le développement en Afrique. Car après réflexion, nous considérons les aides et les actions de ces associations comme de simples façades. En effet, derrière leurs bonnes intentions affichées, elles masquent en réalité, un néocolonialisme qui n'avoue pas son nom.
“Nous devons donc relever un défi pour réussir notre rêve, celui de voir advenir notre Ecole Kamite, l'une des premières sur le continent.”
De plus, notre démarche et le paradigme dans lequel nous nous situons vont à l'encontre de ces associations dites de coopération et de développement. Nous avons donc du renoncer à faire appel à elles. Quand bien même nous voudrions les solliciter, très vite nous serions confrontés à une confrontation de deux paradigmes, l'un occidental et l'autre kamit (afrocentrique).
C'est pourquoi nous rencontrons une double difficulté : en premier lieu, celle de ne pas pouvoir solliciter ces organismes qui disposent pourtant de moyens conséquents, et qui sont sensés aussi promouvoir le développement réelle des pays Africains. Et une seconde difficulté, celle de notre communauté appauvrie et culturellement aliénée ou décentrée, qui ne voit toujours pas l'intérêt collectif qu'il y a à oeuvrer dans le sens d'un développement éducatif endogène.
Nous devons donc relever un défi pour réussir notre rêve, celui de voir advenir notre Ecole Kamite, l'une des premières sur le continent. Cela sera une satisfaction collective d'avoir pu mener à terme avec succès le projet d'Ecole Kamite. Mais nous ne sommes pas au bout de notre peine.
Il semble que beaucoup de nos compatriotes soient comme on dit, "en mode de survie" en Occident. Par manque d'éducation sûrement, sur les questions essentielles de la vie économique. En réalité qu'est-ce qui fait qu'un groupe social dominé (en ce qui nous concerne les Noirs en Occident) peut devenir plus fort et plus soudé autour de projets éducatifs fédérateurs, ceci malgré le traumatisme des traites nègrières que notre population a subi durant ces derniers siècles ?
Il va sans dire en tant qu'instigateur du projet, j'ai du mettre pas mal de mes ressources personnelles en jeu, de même que le frère Henok consacre tout son énergie pour ce projet d'Ecole Kamite d'Atayé. Nous remercions, au passage tous nos frères et soeurs qui nous accompagnent dans ce projet, sans eux le projet se serait sûrement arrêté.
I.O : Auparavant, il y avait un site internet consacré à ce projet, site que nous avons évidemment, parcouru. Vous vous basez sur la méthode exhaustive, chère à Cheikh Anta Diop, dont on a fêté récemment, le trentième anniversaire du retour vers les ancêtres. Mais, est-ce que le programme n'est pas un peu trop chargé pour des enfants de cet âge?
N. A : Je vous assure que notre site internet existe toujours. Il est pour l'heure en maintenance mais il sera de nouveau accessible. Anta Diop et ses disciples de par leur génie africain, nous ont éclairés. Ils ont allumé la flamme de l'Amour de Kemet en nous. La pensée du professeur Anta Diop nous a libéré de l'incarcération mentale dans lequel nous nous trouvions.
Anta Diop nous a permis de prendre conscience de notre régression culturelle et identitaire. Nous pensons que l'enseignement de la Kamitologie est en ce sens la clé de voûte qui permet à l'homme Africain d'analyser les problèmes de son environnement, d'élaborer les discours, les pratiques et les concepts. Il s'agit aussi de renouer avec notre passé pour mieux agir au présent.
Vous savez les enfants ont la capacité de comprendre énormément de choses, à condition qu'il y ait une pédagogie progressive et un discours adapté à leur âge. Justement nous proposons des contenus d'enseignement progressifs dans le temps et adaptés, afin de mieux assimiler le socle commun africain indispensable pour tout jeune Kamit. Etudier les humanités classiques africaines est sans aucun doute un moyen d'épanouissement dans la formation du jeune Africain.
Les jeunes Africains ou Afrodescendants reçoivent aujourd'hui un enseignement dont le programmme est calqué sur le modèle occidental, eurocentrique. L'histoire et les auteurs qui sont étudiés éloignent les jeunes de leur culture endogène si bien qu'un jeune d'aujourd'hui se retrouverait en difficulté pour citer des philosophes de Kemet antique par exemple. Malheureusement, l'enseignement des humanités classiques de Kemet antique (civilisation égypto-nubienne) est quasiment inexistant dans les écoles et université à Kemet (en Afrique).
Nous sommes encore pour le moins qu'on puisse dire, sous la domination occidentale. Nous n'avons pas le pouvoir politique encore moins le pouvoir militaire et monétaire. Ces instruments de souveraineté nationale ne peuvent se cultiver en dehors d'un enseignement afrocentrique pour la jeunesse d'aujourd'hui.
 
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La méthode exhaustive du Wasiré Anta Diop que vous évoquez, sera partie intégrante de notre enseignement. En effet, cette approche globale de la science, une science de la complexité fait totalement partie de la Kamitologie (Kamisia). La Kamitologie est une discipline scientifique qui repose sur un paradigme kamit, c'est-à-dire l'histoire des Kamits vu et dit par eux et pour les Kamits en dehors de toutes influences étrangères. Notre programme est conçu de manière à pouvoir intégrer les connaissances incontournables de nos humanités classiques africaines.
I.O : Le choix d'un environnement culturel imprégné de culture chrétienne et musulmane, n'est-il pas un obstacle pour la concrétisation d'un tel projet ? Parce qu'on imagine l'effroi des familles quand elles verront que leurs enfants étudieront l'histoire pré-chrétienne et pré-islamique de l'humanité, une période qu'elles considèrent comme "obscure", parce que marquée par ce qu'elles appellent "le paganisme" ?
N.A : L'environnement culturel actuel à Atayé ne nous est pas à priori favorable. La plupart des gens sont chrétiens orthodoxes, d'autres sont musulmans et protestants. Cela peut présenter en effet un obstacle majeur.
Toutefois, l'enseignement du paradigme Kamit que l'on propose, a la spécificité de mettre en relief une lecture de l'histoire du point de vue kamitologique (afrocentrique). Nous devons exceller à la fois sur la manière dont nous allons faire passer le message, mais aussi sur les supports que nous allons utiliser, sur les activités que nous allons mener, pour développer peu à peu la conscience historique à travers nos humanités classiques africaines.
C'est de cette manière que nous pensons renouer avec nos antiquités et nous réconcilier avec nous-mêmes. Car il s'agit bien de développer la connaissance de soi, à travers l'étude historique de notre passé afin de mieux envisager notre futur. Comme le souligne l'honorable Marcus Garvey, "un homme sans histoire, c'est comme un arbre sans racines" (Philosophie et Opinions).
 
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En terme de résultats attendus, nous visons à améliorer l'enjeu de l'estime de soi, la revalorisation de l'homme africain à travers l'enseignement de nos humanités classiques, une meilleure analyse et compréhension des problématiques de nos jours à travers un programme d'enseignement progressif et adapté.
De plus, nous voyons qu'il y a de plus en plus de religions étrangères qui viennent s'implanter à Atayé, mais aussi partout ailleurs en Afrique pour véhiculer leur message sans toutefois être inquiétées. Nous devons maîtriser la peur qui peut nous paralyser dans notre démarche. Pour cela nous avons bien étudié le terrain. Même si le thème de la religion reste un sujet sensible, il n'empêche que nous devons aborder le sujet d'une manière progressive, intelligente et ludique pour faire face à l'obstacle de l'environnement culturel imprégné par les religions abrahamiques.
“Nous allons donc nous situer sur le versant rationnel et scientifique.”
Je dois vous dire aussi que le contexte culturel d'aliénation, n'est pas ce qui nous freine le plus. J'ai l'intime conviction que personne ne nous empêchera de parler de notre version de l'histoire sous un angle afrocentrique qui plus est, chez nous en Afrique. Par ailleurs, nous faisons le pari qu'il va sans dire, que l'enseignement que nous allons véhiculer, rencontrera l'adhésion des jeunes, pourvu que cela soit mené avec pédagogie. Car il s'agit bien de leur histoire, vu sous un autre angle, celui du paradigme kamit.
Nous devons travailler avec les parents d'élèves. Des réunions seront organisées pour expliquer la démarche scientifique de la kamitologie. Ainsi nous mettrons à distance tout argument concernant la foi et les religions. Ces deux domaines seront abordés au deuxième cycle. Nous ne commencerons pas d'emblée sans un travail au préalable sur les questions religieuse, car cela reste un sujet sensible.
Nous allons donc nous situer sur le versant rationnel et scientifique. Nous ferons des campagnes de sensibilisation au plus près des familles. De plus, étant originaire de la ville d'Atayé, mon village d'enfance, nous pensons que cela est de nature à faciliter les échanges sur notre démarche.
Nous devons faire la démonstration de notre capacité à prendre en charge les enfants, à la fois par une attractivité des savoirs mais aussi par le savoir-faire pédagogique.
I.O : Frère Narmer, comment avez-vous découvert le kémitisme et l'afrocentricité ? Pouvez-vous retracer votre parcours culturel et spirituel, en tant qu'Ethiopien ayant vécu en Afrique et en Occident ?
N. A : Je suis né et j'ai grandi en Ethiopie jusqu'à l'âge de 10 ans. Comme beaucoup d'enfants j'ai baigné dans la culture éthiopienne, jusqu'à mon arrivé en France en 1991 dans le Puy-de-Dôme. Depuis lors, je suis tombé dans ce qu'on appelle aujourd'hui, le mimétisme culturel de l'Occident. Ma conscience africaine était certes mise de côté, mais malgré tout elle somnolais en moi.
“Je souhaitais intérieurement combler le vide culturel de mon identité africaine.”
J'ai cherché mon intégration pour mieux être accepté en France. Mais le racisme institutionnel et le racisme ordinaire m'avaient tant blessé que je ne comprenais pourquoi il y avait autant de cruauté et d'hypocrisie chez les Leucodermes. Je n'avais pas de mots pour l'expliquer. Je n'étais pas armé mentalement. Je n'étais pas équipé d'un paradigme culturel afrocentrique qui aurait pu me protéger à ce moment-là.
Mon parcours dans le kamitisme s'est fait un peu par hasard. Je me rappelle... c'était en 2012. Je venais de finir mes études universitaires. Je souhaitais intérieurement combler le vide culturel de mon identité africaine. J'avais conscience que je connaissais beaucoup de choses sur l'histoire de l'Europe et du monde occidental. En revanche, je n'étais pas à l'aise avec mes racines culturelles africaines. Je connaissais très peu de choses des humanités classiques africaines comme beaucoup d'Africains et d'Afrodescendants d'ailleurs qui avaient fait leur scolarité en Europe. Cependant une question trouvait toujours un écho en moi et de manière permanente : "qu'est-ce que tu connais de la culture Africaine ?".
 
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J'avais déjà conscience que pour m'accomplir personnellement, il fallait que je comble ce vide intellectuel et identitaire. Après tant d'efforts pour décrocher mon diplôme universitaire, il fallait que je retourne vers mes racines culturelles. C'est ainsi que j'ai commencé à faire mes recherches sur internet et les réseaux sociaux et que je suis devenu progressivement un Kemit, qui a conscience de la valeur de l'héritage culturel ancestral.
Par la suite, je suis entré en contact avec les responsables d'Afrocentricity International Paris (dont le frère Ouasiré). J'ai participé aux nombreuses manifestations qui ont eu lieu à Paris ; je faisais même le trajet depuis Lyon. Je voulais être parmi ceux qui sont sur la voie du retour vers notre paradigme kamit. L'an passé, j'ai habité en Ile-de-France. Ce fut pour moi l'occasion d'approfondir et d'élargir mon réseau en me rendant régulièrement à la librairie Tamery.
Dans mon parcours intellectuel, deux livres ont été particulièrement marquants pour moi. Le premier fut celui de Jean Philippe Omotunde, (Les racines Africaines de la civilisation européenne), lequel a été vraiment un élément déclencheur pour moi. Par la suite, l'ouvrage de la per aât Ama Mazama, L'Impératif Afrocentrique a été également déterminant dans le processus de ma prise de conscience et d'ancrage culturel kamit.
I.O : Le Sesh Wonkiamma vous a beaucoup aidé pour ce projet, en mettant à votre disposition son savoir en matière de kamitologie. En quoi cette coopération a t'elle était déterminante ?
N.A : En réalité, nous avons commencé le projet Ecole Kamite avec le frère Henok avant même que je débute la formation en Kamitologie. Depuis l'an passé je suis la formation en Kamisia (kamitologie) proposée par l'association Meryu de Genève. J'ai validé avec succès le premier niveau en Kamitologie (niveau Heredu). Actuellement, je poursuis ma formation au niveau Seba (niveau 2 en Kamisia).
C'est une formation qui s'inscrit sur quatre années, le temps nécessaire pour se réapproprier la culture kamite. Nous avons quatre leçons par mois et chaque thème se conclue par une dissertation à produire. C'est vraiment une expérience exceptionnelle qui m'apporte beaucoup et qui me permet d'approfondir la réappropriation de notre patrimoine culturel.
La rigueur, la méthode et la précision font parti du décor. La formation en Kamisia, menée par le Sesh est de nature à nous permettre de mieux concevoir le programme d'enseignement de notre Ecole Kamite et de développer une stratégie pédagogique pour mieux transmettre et produire de nouvelles connaissances.
Le rôle du Sesh Wonkiamma a été donc déterminant à plusieurs niveau : d'abord, il est très fort dans la structuration, l'emboitement du phénomène de causalité historiques des connaissances en kamitologie. Puis, il nous fait vivre son amour pour Kemet, par la pertinence de ses cours. Il nous éclaire de plus en plus sur le chemin que nous devons emprunter pour réussir le Sema Taou, l'union des Kamits sur la base du modèle du paradigme kamit et réussir la renaissance africaine (l'Ouhem Messout).
Pour soutenir notre projet Ecole kamite, vous pouvez aller sur notre site internet : www.ecoles-kamites.org.

 

 
lundi, 29 février 2016 20:26

Ecole d'Ataye : Un rêve, une destinée

Narmer Assefa est un enseignant kamit d'origine éthiopienne vivant actuellement en France. Il est le promoteur d'un projet de construction d'école afrocentrique dans son pays d'origine (village d'Ataye).*
Ce projet qui a été initié en 2012, nécessitait au départ un financement de 17000 euros.
La volonté affichée des promoteurs de ce projet, porté à bout de bras par Narmer Assefa est, comme on peut s'en douter, de permettre la diffusion du paradigme kamit ou afrocentrique au sein d'une école, un bâtiment ayant la capacité de recevoir 300 élèves. Ceux-ci seront choisis dans une classe d'âge allant de 9 ans à 14 ans.
Comme le dit le Sesh Molefi Kete Asante, qui a beaucoup voyagé en Afrique : "J'ai vu beaucoup d'universités en Afrique, mais je n'ai vu aucune université africaine, uniquement des universités européennes." Hélas, ce constat vaut aussi pour les écoles et on voit à quel point le projet du frère Narmer est révolutionnaire et novateur.
Propos recueillis par Iterou Ogowè
I.O. : Narmer Assefa, où en est votre projet d'école kamite d'Ataye ? Avez-vous pu réunir tous les financements qui étaient requis au départ ?
Narmer Assefa : Nous avons eu un long parcours dans cette aventure d'Ecole Kamite d'Atayé. Nous avons fait depuis 2012 une bonne progression dans les travaux. Avec le frère Henok qui est le responsable locale à Atayé, nous nous battons à tous les niveaux pour garder le projet toujours en vie.
Nous avons régulièrement quelques soucis avec les autorités locales. Car ces dernières souhaitent que les travaux avancent plus vite et que la population puissent rapidement bénéficier du service que nous allons proposer.
Nous subissons donc des pressions des agents de la mairie d'Atayé pour cause de retard des travaux. Nul doute, que notre principale difficulté a toujours été notre capacité à réunir les fonds à temps. De ce point de vue, nous avons, on peut le dire, des difficultés pour trouver l'argent nécessaire pour faire avancer notre projet plus rapidement.
Malgré tous les obstacles, actuellement, nous sommes en train de finaliser notre projet d'Ecole Kamite d'Ethiopie. Nous avons accompli avec succès et non sans quelques difficultés, les travaux les plus couteux : d'abord, nous avons du dès le départ trouver 20% du montant global estimé à 17 000€, soit (3500€).
Ensuite, nous avons du financer les travaux des fondations, sans compter les frais d'achat du matériel (barre d'acier, ciments, agrégats, tolles, location des machines, honorer les ouvriers, l'architecte ainsi que l'ingénieur.
 
 
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Enfin, nous avons du financer les travaux des colonnes qui ont nécessité l'achat de ces mêmes matériaux. A chaque fois et à chaque étape c'est vraiement très érpouvant de devoir se battre pour réunir les fonds. Au moment où je vous parle nous sommes au stade de l'installation des dalles. Il nous faut trouver du financement pour la fin des travaux. Il nous faudrait collecter 8000 € mais si déjà on réussi à rassembler 3000 €, cela nous permettrait de souffler un peu et de moins subir cette pression des politiciens qui pèse sur nous.
Vous êtes pas sans le savoir, nous menons ici une démarche entièrement endogène. Autrement dit nous ne faisons pas appel à des organismes humanitaires spécialisés dans le développement en Afrique. Car après réflexion, nous considérons les aides et les actions de ces associations comme de simples façades. En effet, derrière leurs bonnes intentions affichées, elles masquent en réalité, un néocolonialisme qui n'avoue pas son nom.
“Nous devons donc relever un défi pour réussir notre rêve, celui de voir advenir notre Ecole Kamite, l'une des premières sur le continent.”
De plus, notre démarche et le paradigme dans lequel nous nous situons vont à l'encontre de ces associations dites de coopération et de développement. Nous avons donc du renoncer à faire appel à elles. Quand bien même nous voudrions les solliciter, très vite nous serions confrontés à une confrontation de deux paradigmes, l'un occidental et l'autre kamit (afrocentrique).
C'est pourquoi nous rencontrons une double difficulté : en premier lieu, celle de ne pas pouvoir solliciter ces organismes qui disposent pourtant de moyens conséquents, et qui sont sensés aussi promouvoir le développement réelle des pays Africains. Et une seconde difficulté, celle de notre communauté appauvrie et culturellement aliénée ou décentrée, qui ne voit toujours pas l'intérêt collectif qu'il y a à oeuvrer dans le sens d'un développement éducatif endogène.
Nous devons donc relever un défi pour réussir notre rêve, celui de voir advenir notre Ecole Kamite, l'une des premières sur le continent. Cela sera une satisfaction collective d'avoir pu mener à terme avec succès le projet d'Ecole Kamite. Mais nous ne sommes pas au bout de notre peine.
Il semble que beaucoup de nos compatriotes soient comme on dit, "en mode de survie" en Occident. Par manque d'éducation sûrement, sur les questions essentielles de la vie économique. En réalité qu'est-ce qui fait qu'un groupe social dominé (en ce qui nous concerne les Noirs en Occident) peut devenir plus fort et plus soudé autour de projets éducatifs fédérateurs, ceci malgré le traumatisme des traites nègrières que notre population a subi durant ces derniers siècles ?
Il va sans dire en tant qu'instigateur du projet, j'ai du mettre pas mal de mes ressources personnelles en jeu, de même que le frère Henok consacre tout son énergie pour ce projet d'Ecole Kamite d'Atayé. Nous remercions, au passage tous nos frères et soeurs qui nous accompagnent dans ce projet, sans eux le projet se serait sûrement arrêté.
I.O : Auparavant, il y avait un site internet consacré à ce projet, site que nous avons évidemment, parcouru. Vous vous basez sur la méthode exhaustive, chère à Cheikh Anta Diop, dont on a fêté récemment, le trentième anniversaire du retour vers les ancêtres. Mais, est-ce que le programme n'est pas un peu trop chargé pour des enfants de cet âge?
N. A : Je vous assure que notre site internet existe toujours. Il est pour l'heure en maintenance mais il sera de nouveau accessible. Anta Diop et ses disciples de par leur génie africain, nous ont éclairés. Ils ont allumé la flamme de l'Amour de Kemet en nous. La pensée du professeur Anta Diop nous a libéré de l'incarcération mentale dans lequel nous nous trouvions.
Anta Diop nous a permis de prendre conscience de notre régression culturelle et identitaire. Nous pensons que l'enseignement de la Kamitologie est en ce sens la clé de voûte qui permet à l'homme Africain d'analyser les problèmes de son environnement, d'élaborer les discours, les pratiques et les concepts. Il s'agit aussi de renouer avec notre passé pour mieux agir au présent.
Vous savez les enfants ont la capacité de comprendre énormément de choses, à condition qu'il y ait une pédagogie progressive et un discours adapté à leur âge. Justement nous proposons des contenus d'enseignement progressifs dans le temps et adaptés, afin de mieux assimiler le socle commun africain indispensable pour tout jeune Kamit. Etudier les humanités classiques africaines est sans aucun doute un moyen d'épanouissement dans la formation du jeune Africain.
Les jeunes Africains ou Afrodescendants reçoivent aujourd'hui un enseignement dont le programmme est calqué sur le modèle occidental, eurocentrique. L'histoire et les auteurs qui sont étudiés éloignent les jeunes de leur culture endogène si bien qu'un jeune d'aujourd'hui se retrouverait en difficulté pour citer des philosophes de Kemet antique par exemple. Malheureusement, l'enseignement des humanités classiques de Kemet antique (civilisation égypto-nubienne) est quasiment inexistant dans les écoles et université à Kemet (en Afrique).
Nous sommes encore pour le moins qu'on puisse dire, sous la domination occidentale. Nous n'avons pas le pouvoir politique encore moins le pouvoir militaire et monétaire. Ces instruments de souveraineté nationale ne peuvent se cultiver en dehors d'un enseignement afrocentrique pour la jeunesse d'aujourd'hui.
 
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La méthode exhaustive du Wasiré Anta Diop que vous évoquez, sera partie intégrante de notre enseignement. En effet, cette approche globale de la science, une science de la complexité fait totalement partie de la Kamitologie (Kamisia). La Kamitologie est une discipline scientifique qui repose sur un paradigme kamit, c'est-à-dire l'histoire des Kamits vu et dit par eux et pour les Kamits en dehors de toutes influences étrangères. Notre programme est conçu de manière à pouvoir intégrer les connaissances incontournables de nos humanités classiques africaines.
I.O : Le choix d'un environnement culturel imprégné de culture chrétienne et musulmane, n'est-il pas un obstacle pour la concrétisation d'un tel projet ? Parce qu'on imagine l'effroi des familles quand elles verront que leurs enfants étudieront l'histoire pré-chrétienne et pré-islamique de l'humanité, une période qu'elles considèrent comme "obscure", parce que marquée par ce qu'elles appellent "le paganisme" ?
N.A : L'environnement culturel actuel à Atayé ne nous est pas à priori favorable. La plupart des gens sont chrétiens orthodoxes, d'autres sont musulmans et protestants. Cela peut présenter en effet un obstacle majeur.
Toutefois, l'enseignement du paradigme Kamit que l'on propose, a la spécificité de mettre en relief une lecture de l'histoire du point de vue kamitologique (afrocentrique). Nous devons exceller à la fois sur la manière dont nous allons faire passer le message, mais aussi sur les supports que nous allons utiliser, sur les activités que nous allons mener, pour développer peu à peu la conscience historique à travers nos humanités classiques africaines.
C'est de cette manière que nous pensons renouer avec nos antiquités et nous réconcilier avec nous-mêmes. Car il s'agit bien de développer la connaissance de soi, à travers l'étude historique de notre passé afin de mieux envisager notre futur. Comme le souligne l'honorable Marcus Garvey, "un homme sans histoire, c'est comme un arbre sans racines" (Philosophie et Opinions).
 
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En terme de résultats attendus, nous visons à améliorer l'enjeu de l'estime de soi, la revalorisation de l'homme africain à travers l'enseignement de nos humanités classiques, une meilleure analyse et compréhension des problématiques de nos jours à travers un programme d'enseignement progressif et adapté.
De plus, nous voyons qu'il y a de plus en plus de religions étrangères qui viennent s'implanter à Atayé, mais aussi partout ailleurs en Afrique pour véhiculer leur message sans toutefois être inquiétées. Nous devons maîtriser la peur qui peut nous paralyser dans notre démarche. Pour cela nous avons bien étudié le terrain. Même si le thème de la religion reste un sujet sensible, il n'empêche que nous devons aborder le sujet d'une manière progressive, intelligente et ludique pour faire face à l'obstacle de l'environnement culturel imprégné par les religions abrahamiques.
“Nous allons donc nous situer sur le versant rationnel et scientifique.”
Je dois vous dire aussi que le contexte culturel d'aliénation, n'est pas ce qui nous freine le plus. J'ai l'intime conviction que personne ne nous empêchera de parler de notre version de l'histoire sous un angle afrocentrique qui plus est, chez nous en Afrique. Par ailleurs, nous faisons le pari qu'il va sans dire, que l'enseignement que nous allons véhiculer, rencontrera l'adhésion des jeunes, pourvu que cela soit mené avec pédagogie. Car il s'agit bien de leur histoire, vu sous un autre angle, celui du paradigme kamit.
Nous devons travailler avec les parents d'élèves. Des réunions seront organisées pour expliquer la démarche scientifique de la kamitologie. Ainsi nous mettrons à distance tout argument concernant la foi et les religions. Ces deux domaines seront abordés au deuxième cycle. Nous ne commencerons pas d'emblée sans un travail au préalable sur les questions religieuse, car cela reste un sujet sensible.
Nous allons donc nous situer sur le versant rationnel et scientifique. Nous ferons des campagnes de sensibilisation au plus près des familles. De plus, étant originaire de la ville d'Atayé, mon village d'enfance, nous pensons que cela est de nature à faciliter les échanges sur notre démarche.
Nous devons faire la démonstration de notre capacité à prendre en charge les enfants, à la fois par une attractivité des savoirs mais aussi par le savoir-faire pédagogique.
I.O : Frère Narmer, comment avez-vous découvert le kémitisme et l'afrocentricité ? Pouvez-vous retracer votre parcours culturel et spirituel, en tant qu'Ethiopien ayant vécu en Afrique et en Occident ?
N. A : Je suis né et j'ai grandi en Ethiopie jusqu'à l'âge de 10 ans. Comme beaucoup d'enfants j'ai baigné dans la culture éthiopienne, jusqu'à mon arrivé en France en 1991 dans le Puy-de-Dôme. Depuis lors, je suis tombé dans ce qu'on appelle aujourd'hui, le mimétisme culturel de l'Occident. Ma conscience africaine était certes mise de côté, mais malgré tout elle somnolais en moi.
“Je souhaitais intérieurement combler le vide culturel de mon identité africaine.”
J'ai cherché mon intégration pour mieux être accepté en France. Mais le racisme institutionnel et le racisme ordinaire m'avaient tant blessé que je ne comprenais pourquoi il y avait autant de cruauté et d'hypocrisie chez les Leucodermes. Je n'avais pas de mots pour l'expliquer. Je n'étais pas armé mentalement. Je n'étais pas équipé d'un paradigme culturel afrocentrique qui aurait pu me protéger à ce moment-là.
Mon parcours dans le kamitisme s'est fait un peu par hasard. Je me rappelle... c'était en 2012. Je venais de finir mes études universitaires. Je souhaitais intérieurement combler le vide culturel de mon identité africaine. J'avais conscience que je connaissais beaucoup de choses sur l'histoire de l'Europe et du monde occidental. En revanche, je n'étais pas à l'aise avec mes racines culturelles africaines. Je connaissais très peu de choses des humanités classiques africaines comme beaucoup d'Africains et d'Afrodescendants d'ailleurs qui avaient fait leur scolarité en Europe. Cependant une question trouvait toujours un écho en moi et de manière permanente : "qu'est-ce que tu connais de la culture Africaine ?".
 
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J'avais déjà conscience que pour m'accomplir personnellement, il fallait que je comble ce vide intellectuel et identitaire. Après tant d'efforts pour décrocher mon diplôme universitaire, il fallait que je retourne vers mes racines culturelles. C'est ainsi que j'ai commencé à faire mes recherches sur internet et les réseaux sociaux et que je suis devenu progressivement un Kemit, qui a conscience de la valeur de l'héritage culturel ancestral.
Par la suite, je suis entré en contact avec les responsables d'Afrocentricity International Paris (dont le frère Ouasiré). J'ai participé aux nombreuses manifestations qui ont eu lieu à Paris ; je faisais même le trajet depuis Lyon. Je voulais être parmi ceux qui sont sur la voie du retour vers notre paradigme kamit. L'an passé, j'ai habité en Ile-de-France. Ce fut pour moi l'occasion d'approfondir et d'élargir mon réseau en me rendant régulièrement à la librairie Tamery.
Dans mon parcours intellectuel, deux livres ont été particulièrement marquants pour moi. Le premier fut celui de Jean Philippe Omotunde, (Les racines Africaines de la civilisation européenne), lequel a été vraiment un élément déclencheur pour moi. Par la suite, l'ouvrage de la per aât Ama Mazama, L'Impératif Afrocentrique a été également déterminant dans le processus de ma prise de conscience et d'ancrage culturel kamit.
I.O : Le Sesh Wonkiamma vous a beaucoup aidé pour ce projet, en mettant à votre disposition son savoir en matière de kamitologie. En quoi cette coopération a t'elle était déterminante ?
N.A : En réalité, nous avons commencé le projet Ecole Kamite avec le frère Henok avant même que je débute la formation en Kamitologie. Depuis l'an passé je suis la formation en Kamisia (kamitologie) proposée par l'association Meryu de Genève. J'ai validé avec succès le premier niveau en Kamitologie (niveau Heredu). Actuellement, je poursuis ma formation au niveau Seba (niveau 2 en Kamisia).
C'est une formation qui s'inscrit sur quatre années, le temps nécessaire pour se réapproprier la culture kamite. Nous avons quatre leçons par mois et chaque thème se conclue par une dissertation à produire. C'est vraiment une expérience exceptionnelle qui m'apporte beaucoup et qui me permet d'approfondir la réappropriation de notre patrimoine culturel.
La rigueur, la méthode et la précision font parti du décor. La formation en Kamisia, menée par le Sesh est de nature à nous permettre de mieux concevoir le programme d'enseignement de notre Ecole Kamite et de développer une stratégie pédagogique pour mieux transmettre et produire de nouvelles connaissances.
Le rôle du Sesh Wonkiamma a été donc déterminant à plusieurs niveau : d'abord, il est très fort dans la structuration, l'emboitement du phénomène de causalité historiques des connaissances en kamitologie. Puis, il nous fait vivre son amour pour Kemet, par la pertinence de ses cours. Il nous éclaire de plus en plus sur le chemin que nous devons emprunter pour réussir le Sema Taou, l'union des Kamits sur la base du modèle du paradigme kamit et réussir la renaissance africaine (l'Ouhem Messout).
Pour soutenir notre projet Ecole kamite, vous pouvez aller sur notre site internet : www.ecoles-kamites.org.

 

 
dimanche, 31 janvier 2016 20:17

L'idéologie de la pensée victorieuse

 

 
Iterou Ogowè
Iterou Ogowè a publié cette année le livre en auto édition numérique intitulé"Lyannaj, la force des ancêtres," (sur amazon.fr, amazon.com à partir des Etats-Unis, etc...). C'est un ouvrage autobiographique où il fait état dans un langage accessible au plus grand nombre, de son itinéraire philosophique et de la façon dont il a découvert, en Afrique, Njia, la voie et l'idéologie de la pensée victorieuse. Le 07 février, il animera le cours interactif intitulé le "Couple Kamit face au menticide"*. Iterou Ogowè qui est responsable de l'éducation historique chez Afrocentricity International France, répond ici aux questions du Shénuti Améni.
Shénuti Améni : Que signifie le "LYANNAJ", titre choisi pour ton nouveau livre?
Iterou Ogowè : Lyannaj, signifie en langue guadeloupéenne, le lien collectif. C'est un néologisme forgé durant les années de lutte par le LKP, mouvement social dont le porte parole est Elie Domota. Ce néologisme est forgé à partir du mot "lyann", qui signifie la liane, dans la langue guadeloupéenne (cf Ludwig, Montbrand, Poullet, Telchid, Dictionnaire Créole Français, éditions Jasor, 1990, page 214).
Pourquoi ai-je choisi ce terme de Lyannaj et non un terme issu de l'omyene, par exemple, la langue d'Afrique centrale parlé par une partie de mes ancêtres ? Et bien tout simplement parce que tout phénomène culturel apparu au sein du monde noir, qui a du sens et qui nous libère, m'intéresse et je m'autorise à l'utiliser, tout simplement, pour le populariser au-delà de son origine géographique pour le rendre opérationnel au niveau de l'ensemble du monde panafricain.
Rien ne dit que dans une publication ultérieure, je n'utiliserai pas un concept issu de l'omyene, du kikongo ou du cikam pour l'appliquer à une échelle plus grande que son origine géographique.
S. A : Qui sont les fameux "Porteurs de lumières" dont tu parles ?
I.O : Les porteurs de "lumière" sont tous les femmes et les hommes de notre communauté qui sont inspirés par "Njia" (la voie en kiswahili). Njia (concept utilisé par Molefi Asante dans le livre l'Afrocentricité) peut être aussi définie comme l'idéologie de la pensée victorieuse. Njia a indiqué à Malcolm X ce qu'il devait faire pour aider notre peuple, mais aussi à Cheikh Anta Diop ou à George G.M. James, la voie la meilleure, en dépit du fait que ces personnes étaient parfois influencées par des idéologies étrangères. Malgré tout, Njia leur est apparue.
En étendant le concept de "porteur de lumière" au delà de l'origine ethnique, on peut dire que d'une certaine façon le militant abolitionniste blanc John Brown, durant la servitude des Africains en Amérique, a été un porteur de lumière, du fait qu'il avait pris les armes, avec ses fils (leucodermes aussi), pour lutter contre la pratique barbare de l'esclavage. Cela est allé jusqu'au sacrifice ultime : puisque ce combattant de la liberté a été pendu par les autorités du sud esclavagiste.
Là aussi, il faut souligner que de la même manière que Malcolm X était influencé par l'islam, Brown était un chrétien convaincu, mais il subsiste chez certains humains, une grande nostalgie de la Maât (la vérité, justice, harmonie), même si ils s'en inspirent de façon instinctive, sans la connaître réellement. Je pense que c'est ce refus de l'injustice et du mensonge, qui nous rend tous véritablement humains.
S. A : Dans cet ouvrage, tu fais mention de tes origines normandes. Que signifie pour toi être français et comment arrives-tu à concilier ce métissage avec la vision afrocentrique ?
I.O : On peut concilier le "métissage" et la vision afrocentrique, tout simplement en prenant conscience que le "métissage"... n'existe pas ! Qu'est-ce que je veux dire par là ? Bien sûr, il existe des individus qui sont issus d'une alliance entre personnes d'origine géographiques différentes et possédant des phénotypes (apparences physiques) différents. C'est mon cas Shénuti Améni. Et tu es toi aussi concerné. Mais la science nous a appris que l'espèce humaine est d'origine monogénétique. C'est à dire que tous les êtres humains sur terre ont des ancêtres communs qui sont Africains.
Selon la loi de Gloger, les premiers êtres humains apparus dans la région de l'Afrique de l'Est (- 200 000 ans pour les Humains Modernes) étaient fortement pigmentés (noirs) de façon à ce que leur peau soit protégée contre les rayons ultraviolets.

"C'est à dire que tous les êtres humains sur terre ont des ancêtres communs qui sont Africains."

Les êtres humains modernes de phénotype européen (peau pâle, bouche rentrée), sont manifestement apparus avec la glaciation wurmienne, c'est à dire qu'ils sont le résultat d'une mutation de leur ancêtre africain sous des latitudes particulièrement froides. Avec des températures particulièrement basses, ces êtres humains africains noirs ont du se réfugier dans des grottes pendant plusieurs dizaines de millénaires.
Autant la peau noire est un rempart efficace contre les rayons ultraviolets du berceau méridional, autant un nez rétréci et des narines étroites sont adaptées pour laisser l'air froid pénétrer dans le corps humain de façon parcimonieuse, dans les régions les plus glaciales du globe. Comme disait le sesh Anta diop, « la nature ne fait rien au hasard » , (Cheikh Anta Diop, Civilisation ou Barbarie, Présence Africaine, 1985).
Mais revenons au "métissage". La notion de métissage repose sur le polycentrisme, l'idée selon laquelle l'être humain serait apparu sur terre plus ou moins simultanément, dans des zones géographiques différentes. Dès lors il y aurait quasiment plusieurs espèces humaines. Souvent, mais pas toujours, les tenants de la thèse polycentriste (plusieurs centres) sont partisans d'une inégalité rigoureuse des "races" humaines, aussi bien en beauté, qu'en intelligence. Mais le racisme, comme l'a si bien dit le psychologue Asa Hilliard, "est un désordre mental".
Sandrine Ngalula Mubenga a inventé une voiture hybride (électricité/hydrogène)
Ce désordre mental, provient d'un profond sentiment d'insécurité psychologique du raciste qui essaie de proclamer toutes les cinq minutes sa soi-disant excellence et supériorité. Si nous les Noirs sommes réellement "inférieurs", pour quelles raisons les racistes assassinent nos prophètes constamment (Lumumba, Malcolm, etc... ) et essaient-ils de camoufler les réalisations scientifiques de nos savants (Imhotep, Benjamin Banneker, Sandrine Ngalula Mubenga)... Si vraiment, nous sommes des "minables", et bien tout ce que nous accomplirons sera voué à l'échec et donc, il ne sert à rien de nous bombarder, de nous assassiner et de falsifier l'histoire. L'idée d'inégalité des races, repose sur une mauvaise foi évidente et sur une propagande constante qu'il ne faut surtout pas confondre avec la science, la vraie science.
Si l'origine de l'humanité est unique et africaine, il n'y pas plusieurs espèces humaines qui peuvent éventuellement fusionner par métissage. Il n'y a qu'une seule espèce humaine. Dès lors l'idéologie du métissage est un mythe raciste et colonial.
Chez Afrocentricity International nous considérons que tout Kamit dont au moins l'un des parents est Kamit, est lui-même Kamit. De la même façon se définir comme "noir" peut être aussi problématique, parce que la notion de "noir" est liée au statut de servilité dans les sociétés eurasiatiques si on se réfère aux travaux du frère Amouna Ngouonimba. De ce fait elle serait liée à l'origine, selon cet auteur, non à la couleur, mais au statut social. Ce n'est que tardivement, l'occasion faisant le larron, qu'elle aurait été appliquée aux Africains au statut de parias durant l'esclavage puis la colonisation.
Le mot kamit désigne la couleur noire et en même temps il signifie "complet". Il provient du cikam, la langue de l'Egypte pharaonique (Ta Meri). Il faut que nous utilisions le plus souvent des concepts qui dérivent de nos langues, pour éviter l'orientation intellectuelle erronée.
S. A : Tu affirmes, en parlant de l'afrocentricité, je cite : "La question du pourcentage de sang blanc ou noir que l'on peut avoir dans les veines est véritablement secondaire". Cela veut-il dire qu'un leucoderme peut-être afrocentrique ?
I.O : Pour le sesh Molefi Kete Asante, effectivement, un leucoderme, un Blanc peut être afrocentrique. Cela veut dire qu'il reconnaît la place de l'Afrique comme centrale dans l'histoire de l'humanité, comme lieu de naissance des Homo Sapiens Sapiens et avant eux des Hominidés et surtout qu'il reconnait le rôle essentiel de la civilisation africaine dans la transmission de valeurs essentielles comme la notion de vie après la mort et de respect de la femme.
Maintenant il est clair qu'un Blanc ne peut pas être membre d'Afrocentricity International. Parce que cette association est une association communautaire. Enfin, il est clair que tant que la majorité des Européens n'auront pas rompu avec leur agenda de psychopathes (ils prétendent avoir tous les droits et nous disent que nous n'avons que des devoirs), il sera difficile de leur faire réellement confiance, même si certains individus parmi eux peuvent se distinguer par leur amour de la justice et leur absence de préjugés "raciaux". Mais soyons très clairs. Ces invidus-là existent, mais ils ne sont vraiment pas nombreux.
S. A : Quelle est ta position quant au métissage ?
I. O : Le métissage n'existe pas en tant que tel. C'est un concept politique et non scientifique. Mais les individus d'origine mixte doivent bien sûr respecter leurs parents quel que soit leur origine. Ils peuvent aussi essayer de mieux comprendre l'humanité. Mais cette tâche incombe à tous. Il n'y a donc pas de statut spécial lié aux individus d'origine mixte. Ils ne sont ni spécialement bénis, ni particulièrement maudits.
S. A : Dans ton livre, tu compares la colonisation à un viol que Kamita (l’Afrique) aurait subi, impuissante, en détournant le regard... Ne penses-tu pas qu'elle a essayé de se défendre ?
O : Les Kamits ont bien sûr, essayé de se défendre. D'ailleurs, dans plusieurs cas (la bataille d'Adoua remporté par Ménélik contre les Italiens, en 1896 ou la bataille de Vertières - 1803 - remportée par les Haïtiens contre les troupes napoléoniennes , dont je parle dans mon livre précédent L'Harmonie Kamite" éditions Menaibuc), ils furent même victorieux.
Il n'en demeure pas moins Shénuti Améni que l'Occident et l'Orient se sont montrés particulièrement agressifs à notre encontre durant ces derniers millénaires. Le point culminant de cette agression a été notre asservissement par les musulmans arabes et par les chrétiens européens. La soeur Rosa Amelia Plumelle Uribe, mentionne en plus de ces deux zones culturelles de propagation de l'antikamitisme, le rôle des Juifs dans notre asservissement (Victimes des esclavagistes, musulmans, chrétiens et juifs, R. A. Plumelle Uribe, Anibwe, 2011). Les personnes qui se définissent comme "juives" font partie de l'humanité et elles ne sont pas exempts de toute critique, contrairement à ce que certains pensent. Nous croyons fermement à l'égalité des êtres humains et nous n'entendons pas abandonner une hiérarchie des "races", pour la remplacer par une autre.
S. A : Qu'est-ce que l'éducation afrocentrique ?
I.O : Une éducation afrocentrique est une éducation qui place les valeurs africaines, kamites, au centre. Dans le mot afrocentrique, il y a deux termes.
1. Le terme "Afrique", 2. Le terme "Centre"
Selon l'universitaire japonais Yoshitaka Miike, qui analyse brillament la pensée du Sesh Molefi "chaque culture humaine doit être centrée."
C'est ainsi que les références pour les Africains, où qu'ils vivent, doivent être africaines.
Nous utilisons le terme "Afrique" pour être compris par tout le monde. Nous savons, à l'instar du Sesh Wonkiamma Ankhiman, que le terme "Afrique" n'est pas un terme endogène. Le terme kamit est plus approprié. C'est vrai. Mais, nous entendons amener les gens vers leurs valeurs de façon progressive. Notre approche est critiquable, bien sûr, mais c'est la méthode que nous avons choisie. Le terme "Afrique" renvoie à un continent, le continent africain. C'est une façon de rappeler aux frères et aux soeurs de la diaspora qu'ils sont les enfants de ce continent.

"L'éducation afrocentrique doit nous permettre de développer un amour pour notre peuple à travers l'enseignement de l'histoire réelle de l'Afrique et du monde."

Etre afrocentrique c'est reconnaître la grandeur de la Grande Divinité, qui est trop grande pour être nommée et interrogée (hymne à Amon, papyrus de Leyde). C'est prier les Neterou (les Lwas, les Orishas), c'est à dire les esprits tutélaires. Et c'est bien sûr prier les ancêtres, les grands ancêtres communs (ceux cités dans le cadre du culte kamit que tu accomplis fort bien d'ailleurs, shénuti Améni, ancêtres tels que Sembène Ousmane, Paul Robeson, Yaa Assentewaa, Malcolm X, Marcus Garvey, Nzinga, etc...) et bien sûr les ancêtres personnels.
L'éducation afrocentrique doit nous permettre de développer un amour pour notre peuple à travers l'enseignement de l'histoire réelle de l'Afrique et du monde. Elle doit nous permettre d'unir notre pensée et non de la compartimenter comme c'est le cas dans le cursus eurocentrique.
Elle doit nous permettre d'échapper au meurtre de l'esprit (menticide).
Nous aurons ainsi des artistes conscients de ce que le monde doit à leur civilisation. Des gens inspirés comme les jazzmen Steve Coleman ou Randy Weston. Des écrivains et chercheurs inspirés comme la per aat Ama ou le Sesh Molefi. Des shénuti déterminés et maâtiques comme toi frère Améni. Des architectes et médecins talentueux et sages comme l'ancêtre Imhotep divinisé. Et bien sûr des mères et des pères de famille aimants et compréhensifs...
S. A : Tu décris les difficultés que tu as rencontrées en voulant réapprendre l'omyene. D'où proviens cet échec de transmission de la langue, de la part denos parents selon toi ?
I. O : Les parents ont fait ce qu'ils ont pu, compte tenu du contexte néocolonial. J'ai essayé d'apprendre l'omyene. J'ai des bases solides, comme je le dis dans mon livre, mais je n'ai pas la fluidité que j'ai en français. Si j'avais vécu plus longtemps en Afrique, le problème aurait été résolu. Mais peut être que les ancêtres voulaient que je reparte en Europe, parce qu'une mission, ingrate, m'attendait ici, qui sait ?
S. A : Notre aliénation et notre éloignement culturel constituent-ils des obstacles dans nos relations avec les nôtres sur le continent ?
I.O : Bien sûr que oui. Mais comme le dit le sesh Molefi, être africain ne signifie pas être afrocentrique. Etre afrocentrique, s'est reconnaître le fait qu'à cause de l'esclavage, de la colonisation et de l'assimilation culturelle, les Africains ont été éloignés de leur centre géographique et culturel. Etre afrocentrique s'est oeuvrer pour le rétablissement de la Maât, c'est à dire de la vérité et de la justice. Et nous ne voulons pas d'une "justice" et d'une "vérité" qui nous seraient étrangères, sinon il s'agirait d'une "libération" en trompe-l'oeil. Certains Africains du continent sont plus décentrés que nous, à cause de leur adhésion au christianisme colonial et à l'islam arabo-musulman.
S. A : Tu nommes dans ton livre de nombreux personnages emblématiques de la lutte panafricaine... Quels sont ceux qui t'ont le plus inspiré ?
I. O : En Afrique, la lecture des livres de Mongo Beti et de Théophile Obenga, m'ont beaucoup apporté. D'une part, sur la connaissance de l'oppression et d'autres part sur l'aspect sophistiqué et sage de notre culture. Je pense notamment au livre "Les Bantu", du sesh Obenga et au roman "Le pauvre Christ de Bomba" de Mongo Beti.
Mongo Beti
S. A : Pourquoi penses-tu que la fidélité aux ancêtres est si importante ?
I. O : La fidélité aux ancêtres est primordiale, parce qu'elle nous permet de nous connecter à ceux qui nous ont précédé sur terre. Nous les prions, nous les honorons et ils nous assistent.
S. A : Quelle place occupe la spiritualité dans ce que tu appelles le Lyannaj ?
I. O : Le Lyannaj, n'est pas vraiment une théorie pour moi, mais le Lyannaj Kont Pwofitasyon est un grand mouvement de "marronage". Mais c'est vrai que d'un point de vue philosophique, ce qui est intéressant, c'est que l'idée de Lyannaj nous fait comprendre que tout est lié tout est interdépendant. Il suffit de regarder l'image de lianes enchevetrées qu'il y a sur la couverture de mon livre.

"Sans spiritualité nous devenons des corps privés d'esprit. C'est une négation de notre propre humanité."

La spiritualité c'est la croyance en l'invisible. Pour le sesh Molefi, la pensée africaine c'est le personnalisme. Nous Africains pensons que le matériel et le spirituel sont fortement liés. En d'autres mots, Doumbi Fakoly dit que "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas."
Sans spiritualité nous devenons des corps privés d'esprit. C'est une négation de notre propre humanité. Ce n'est pas pour rien que les Occidentaux qui s'affirmaient depuis plusieurs siècles comme les champions de l'athéisme, ont fait semblant de redécouvrir la vie des esprits de leurs ancêtres avec Allan Kardec et plus récemment avec le docteur anésthésiste Jean-Jacques Charbonier.
S. A : Qui est Frances Cress Welsing et que représente-t-elle pour toi ?
I.O : Frances Cress Welsing est à présent une ancêtre bienveillante que nous devons honorer. Frances Cress Welsing (1935-2016) est une psychiatre africaine américaine. Elle est l'auteure du livre "The Isis Papers, The Keys to the Colors", dont la dernière édition date de 1991. Une traduction française va voir le jour très bientôt, grâce au travail de la per aat Ama.
 
Frances Cress Welsing
Frances Cress Welsing est la mère de la théorie de la confrontation des couleurs, dite théorie de Cress. De quoi s'agit-il ? Du fait du sentiment d'insécurité éprouvé par ceux qui se définissent comme Blancs, au sein de l'ensemble de la population humaine mondiale, composée majoritairement de personnes noires, marron et jaune, les "Caucasiens" se caractérisent par une agression systématique à l'encontre de la majorité "de couleur".
De quoi ont-ils peur ? De leur annhilation génétique, tout simplement. En effet, dans un monde normal, libre de tout préjugé de couleur, sans discrimination et sans génocide, les Blancs seront fondus dans l'ensemble humain de couleur et disparaîtront, non en tant qu'êtres humains bien sûr, mais en tant que Blancs. D'où leur opposition au "métissage". Cette angoisse se traduit aussi par leurs assauts répétés contre l'image du couple Femme Noire/Homme Noir. Les histoires sordides dans la presse européenne sur les couples d'artistes noirs connus qui se déchirent, ne sont pas là pour nous démentir.
Dès lors, beaucoup d'éléments - sinon la majorité - du système idéologique européen ont pour but selon Welsing, d'éviter l'annihilation génétique des Blancs. C'est ainsi que Frances Cress Welsing voit un lien entre la promotion par l'establishment eurocentriste de l'homesexualité masculine noire, le tabagisme, le jeu de billard, la forme de la tour Eiffel, tout un tas de fantasmes et de symboles qui se rattachent à cette peur essentielle.
Pour Frances Cress Welsing, les termes "racisme, suprématie blanche et apartheid," désignent la même réalité.
S. A : Quelle définition donnerais-tu au racisme ?
I. O : Je vais faire court et je me limiterais à la définition du professeur Asa Hilliard, je dirai que le racisme "est un désordre mental."
S. A : Ce livre ne faisant pas seulement état de ta personne, peux-tu nous faire part des autres protagonistes dont tu fais mention dans cet ouvrage ?
Dans ce livre, les autres protagonistes sont notamment ma deuxième mère, la femme de mon père, qui m'a dit un jour que je venais de France : "Lis-ça, tu sauras que tes ancêtres ont fait", en l'occurence il s'agissait de mes ancêtres français. Il s'agissait de la colonisation, puisque le livre qu'elle me recommandait était "Le Pauvre Christ de Bomba" de Mongo Beti.
Enfin, dans ce livre, j'évoque aussi, le combat menée par Odile Tobner, aux côtés de son mari Mongo Beti. Odile Tobner, une universitaire française, est l'auteure du livre “Du racisme français," une analyse au vitriol, très édifiante, du racisme décomplexé des Français, notamment dans le domaine de la politique et du show business .
Benny Wenda
Dans mon livre, j'évoque aussi le combat de Benny Wenda, le roi traditionnel papou. Son peuple - un peuple kamit - est victime d'un génocide perpétré par l'Indonésie. Benny Wenda a demandé aux pays africains de venir au secours des Papous. L'Afrique officielle a-t'elle entendu son message ? Rien n'est moins sûr.
S.A : Quelle est pour toi la véritable place de Kamita dans le monde ?
I.O : Kamita est la lumière du monde. Et je sais pourquoi je dis cela. En tout cas, il suffit de lire "L'Héritage Volé" de George G.M. James (éditions Afrocentricity International) pour avoir un aperçu de ce que nous Africains, avons donné au monde.
Nous avons donnné au monde, le plus important, c'est à dire la sagesse.
S. A : Tu termines ton livre en manifestant ton désaccord concernant la citation de Nadine Morano qui affirmait que la France est un pays de race blanche. Que penses-tu des Kamits des Caraïbes qui se disent également français ? Devraient- ils effectivement se résoudre à cette identité et accepter la domination française et l'héritage esclavagiste ?
I. O : La France est un pays peuplé actuellement par une majorité de personnes qui se définissent comme "blanches". Mais la notion de "race" n'est pas valide sur le plan scientifique. La notion de race est issue d'un projet politique : Opprimer les Africains et les priver de leurs richesses. Le racisme, qui est un désordre mental, est venu “justifier" ce projet criminel de l'Occident. Que des gens se reconnaissent dans ce projet criminel, c'est leur problème, mais ce n'est certainement pas mon cas.

"Nous pouvons être chez nous en France, comme n'importe quelle communauté qui cherche à vivre dans ce pays, sans pour autant nous sentir français."

Je dis dans mon livre que les premières populations humaines qui occupaient l'espace géographique qui devait devenir plus tard "la France" étaient des populations africaines, kamites. Attention ! Antériorité ne veut pas dire supériorité. Et ceux qui qualifient notre démarche de raciste, nous ont mal lus ou pas lu du tout. Et bien sûr, ensuite, après que la France se soit constituée en tant que nation, des personnages illustres d'ascendance kamite, l'ont fait briller de mille feux, comme Du Guesclin, Alexandre Dumas Père ou George Nicolo. Nous ne prétendons pas "avoir fait la France", ni être plus français que quiconque. Nous disons seulement qu'en tant qu'êtres humains libres et dignes, nous sommes partout chez nous sur terre. Mais notre berceau demeure Kamita. Nous sommes des Kamits. Le mythe de l'Africain noir, paria de l'humanité et étranger partout, y compris en Afrique, est une lubie raciste de plus qui ne nous intéresse pas, mais il faut bien répondre aux déclarations provocatrices de Madame Morano, qui essaie avec ces rodomontades de cacher son propre sentiment d'insécurité dans ce monde qu'elle ne comprend pas.
Pour répondre à la dernière partie de ta question Shénuti Améni, je dirai que se définir comme français quand on est Afrodescendant est une déviation idéologique. Nous pouvons être chez nous en France, comme n'importe quelle communauté qui cherche à vivre dans ce pays, sans pour autant nous sentir français. Derrière la notion d'universalité de l'identité française, il y a toute une démarche assimilationniste, qui va de pair avec la notion de racisme/suprématie blanche/apartheid.
On peut maîtriser les codes de la société française, savoir bien parler la langue française, respecter le peuple français, sans se sentir obligé de lui ressembler en tous points. Nous avons l'année dernière fêté les 130 ans du livre du grand ancêtre Anténor Firmin "de l'égalité des races humaines". Je pense qu'il est temps à présent de mettre un terme à cette fascination morbide que nous éprouvons pour la France.
Tous les sujets que nous abordons aujourd'hui sont généralement - tu as du toi aussi le remarquer Shénuti - tabous pour notre peuple. C'est comme si nous avions peur de penser. Cette autocensure est le résultat des siècles de domination, de répression et d'aliénation culturelle que nous avons subies.
C'est ainsi que les autres s'emparent de ces thèmes plus complexes qu'il n'y paraît, le plus souvent par démagogie ou mus par une peur irrationnelle, pour raconter au final... les pires absurdités. Il est tant que nous prenions la parole à notre tour, non pour jeter de l'huile sur le feu, mais pour apporter l'éclairage de la science et de la sagesse. Nous sommes les aînés de l'humanité. Comportons nous en conséquence.
 
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dimanche, 24 janvier 2016 10:21

La théorie sociale noire du Dr Bobby Wright

Les éditions Afrocentricity International ont publié en 2015, la version française de “La personnalité raciale du psychopathe”.*
Bobby Eugène Wright (1934-1982) était un psychologue noir. Il fut enseignant, psychologue scolaire et directeur d’un centre de santé mentale à Chicago (Etats-Unis), chercheur, consultant, ainsi qu’expert en informatique. Son travail, comme celui de Frances Cress Welsing, qui est partie rejoindre les ancêtres il y a quelques jours, visait à libérer le peuple noir de son asservissement psychologique.
Rencontre avec la secrétaire générale d’Afrocentricity International France, Etombè, qui est aussi la co-traductrice de cet ouvrage.
Iterou Ogowè : Le titre de ce livre “La personnalité raciale du psychopathe” est assez inhabituel... Bobby Wright était un psychologue africain américain. Quel est le propos de ce livre ?
Secrétaire Général Etombè : Ce livre est une analyse profonde faite par le psychologue Bobby E. Wright sur la psyché de l’homme blanc et ses rapports avec l’homme noir. En effet B.E.R. nous expose l’ensemble des attitudes et comportements conscients ou inconscients de la personnalité de l’homme occidental face à l’homme kamit.
Cela se traduit par un comportement agressif, criminel, mêlé d’un sentiment de supériorité c’est à dire qu’il a tous les droits y compris celui de nous éduquer, de nous contrôler mentalement, physiquement, sur le plan économique et dans l’éducation de nos enfants.
Ainsi l’auteur nous donne les clés et des pistes de réflexion pour une meilleure compréhension du phénomène du racisme et de l’influence de ce fléau sur le comportement de la communauté kamite. Ceci pour mieux cerner la mentalité de l’Européen afin de mieux nous protéger. L’histoire ancienne et récente de l’humanité regorge de documents, de preuves et de récits qui attestent de la cruauté et du caractère prédateur de la civilisation occidentale dans ses interactions avec les peuples autochtones et précisément avec les Africains. L’esclavage et la colonisation sont une page effroyable de notre histoire commune qui nous rappelle inexorablement toute l’horreur et la barbarie organisées par l’Occident avec Kamita comme « terrain de jeu. Le « Menticide » est un terme inventé par l’auteur pour définir la destruction délibérée et systématique de l’esprit d’une communauté et en l’occurrence, du peuple kamit via une propagande bien orchestrée pour au final, programmer un génocide physique.
Voilà en quelques mots ce que Bobby Wright nous apprend dans son essai.
I.O : Les personnes qui se définissent comme "blanches" sont donc considérées par le Dr Wright, comme des psychopathes dans leur rapport avec les personnes d'ascendance africaine... Est-ce que ce constat n'est pas un peu trop caricatural?
S.G. Etombè : Selon le Dr Wright, le psychopathe est une personne atteinte de psychopathie, une maladie mentale. « L’individu est constamment en conflit avec les autres personnes ou avec les autres groupes. Il est incapable de faire l’expérience du sentiment de culpabilité ; il est complètement égoïste, insensible et cruel, tout en affichant une totale indifférence aux droits des autres » (p.6). Cette citation illustre bien l’attitude de l’homme occidental dans l’histoire humaine depuis les temps anciens, jusqu’à nos jours. Nous avons l’exemple récent de la Côte d’Ivoire. Le monde entier a assisté au lynchage et à l’arrestation du Président ivoirien Laurent Gbagbo, avec l’aide de l’armée française, alors qu’il avait été élu démocratiquement par son peuple. Dans ce cas précis, une telle action signifie purement et simplement que les Kamits n’ont même pas le droit de choisir leurs présidents.
 
Etombè, traductrice et secrétaire générale d'Afrocentricity International France
Par ailleurs le comportement psychopathe se traduit aussi par le fait que l’homme blanc se sert des connaissances « scientifiques » comme de barrières pour justifier ses actes et pour se protéger. N’oublions pas de souligner ici que le psychopathe opère à l’intérieur d’un système de domination érigé en modèle universel, protégé par des lois structurées et établies minutieusement. On le voit clairement de nos jours à travers cet Occident qui est devenu le gendarme du monde. Nous nous laissons berner par tous ces concepts scientifiques tels que la démocratie, le progrès, le marxisme, le socialisme pour ne citer que ceux-là.
Ne nous méprenons pas, ce n’est qu’une façade, un piège dans lequel nous nous laissons prendre, éblouis que nous sommes et inconscients, car nous évoluons sans le réaliser pour la plupart d’entre nous, dans un espace que nous ne maîtrisons toujours pas depuis bien trop longtemps. Bobby Wright nous apprend aussi que les Noirs font fausse route lorsqu’ils commencent à expliquer ou à essayer de comprendre le comportement des Noirs en utilisant des définitions ou des explications fondées sur une vision du monde blanche. C’est dans cette même dynamique que le psychopathe parlera par exemple du libre arbitre, en ce sens que les gens ont toujours le choix. Mais le fait est que ce libre arbitre peut-être dangereux pour le kamit, car dans bien des cas, il finit par aboutir à des comportements négatifs et individualistes. Ceci pour dire que Bobby Wright n’exagère pas en parlant de psychopathe dans ce cas précis
I.O : Si les Européens sont vraiment des psychopathes dans leur rapport avec nous, il faut s'inquiéter sur notre propre santé mentale, puisque nous sommes éduqués par eux depuis plusieurs générations...
S.G. Etombè : « Seul un fou laisserait son enfant se faire éduquer par son ennemi ». Je cite notre ancêtre Malcolm X. Et C’est malheureusement ce qui s’est produit sur plusieurs générations jusqu’à ce jour. Le Dr Molefi Kete Asante lors d’une conférence internationale tenue en Malaisie en 2011 sur le thème « Decolonising Universities », Décoloniser les universités, avait souligné le constat selon lequel, en Afrique, il n’existe pas d’université africaine, Il n’y a que des répliques d’universités occidentales. L’enseignement qui est dispensé dans ces universités est un endoctrinement que sert à glorifier l’histoire et la pensée européenne et à faire la promotion de la suprématie blanche, au détriment de l’histoire et des valeurs kamites. Bobby Wright nous l’explique bien dans un passage de son essai lorsqu’il nous met en garde sur le fait que « Les Noirs continuent d’ignorer la vérité irréfutable qui révèle que dans un système social raciste, toutes les institutions refléteront, protégeront et soutiendront les valeurs intrinsèques au racisme » (p42).
Comment pouvons-nous espérer avoir une éducation saine dans un système éducatif qui ne valorise pas notre culture, notre histoire et en définitive l’estime de soi ? Une telle situation entraîne indéniablement une perte de repères et des comportements étranges de la part de nos frères et sœurs. Effectivement, nous devons sérieusement nous inquiéter pour notre santé mentale.
I.O : Soeur Etombè, malgré tout cela, demeurez-vous optimiste pour l'avenir de notre communauté et celui de nos enfants ?
S.G. Etombè : Nous devons être optimistes malgré tout, pour les générations futures, pour notre autodétermination et pour la libération totale de nos esprits, en donnant l’exemple et en faisant preuve de créativité dans nos engagements car nos enfants nous observent. Ils pourront ainsi prendre le relais tout naturellement. Je n’ai pas été éduquée dans un environnement propice au militantisme. Je me suis engagée par la force des choses car j’ai fait des rencontres qui m’ont fait prendre conscience de la situation de notre communauté partout dans le monde. Cette conscience à pris forme progressivement, au fil du temps pour devenir un engagement et une détermination sans équivoque.
 
Livre en vente (12 euros) chez Soul Brother, au 4 rue des Prêcheurs, Métro Chatelet les Halles, Paris.
I.O. : Le Homeschooling aux Etats-Unis est à la fois un symptôme et une solution. Pouvez-vous nous dire quelques mots à ce sujet ?
S.G. Etombè : Le terme Homeschooling signifie l’école à la maison, c’est lorsque les parents se chargent de l’enseignement de leurs enfants à domicile. Ce phénomène a vu le jour dans un premier temps, dans la communauté blanche américaine durant la période de déségrégation aux Etats-Unis en 1954, lorsqu’une bonne partie de la communauté blanche partait vivre dans le sud des Etats-Unis car cette dernière ne souhaitait pas que ses enfants fréquentent les mêmes écoles que des enfants noirs. Elle avait bien d’autres raisons mais c’était l’une des raisons principales. Parallèlement un grand nombre de professeurs noirs furent licenciés car certaines familles blanches ne souhaitaient pas que leurs enfants soient enseignés par des professeurs noirs. Par ailleurs les familles blanches contestaient les diplômes et les compétences des professeurs noirs. Finalement, le système éducatif américain s’est ainsi retrouvé avec 85% des professeurs blancs parmi lesquels certains, si ce n’est une bonne partie de ces professeurs pouvaient avoir des attitudes et des stéréotypes racistes dans les salles de classe.
D’autre part, la norme c’était le blanc et ce n’était pas négociable au risque de passer pour un élève ou un étudiant qui a un problème. Ainsi le racisme des professeurs blancs est l’une des raisons pour lesquelles les Noirs ont fait le choix du homeschooling. Il y avait bien sûr le problème des classes pléthoriques, des professeurs sous qualifiés et du faible niveau de formation universitaire, de l’insécurité, etc...
Nous devons faire une distinction entre l’éducation d’un enfant et sa scolarisation (formation) en ce sens que l’éducation permet la transmission des valeurs sociales et culturelles pour le développement et l’épanouissement de l’enfant. A l’inverse, la scolarisation c’est la transmission des valeurs pour renforcer le status quo, elle opère comme un mécanisme, un instrument de contrôle social (Dr Ama Mazama). Le Dr Ama Mazama nous l’explique bien lors d’une présentation faite au MKA Institute « l’Institut Molefi Kete Asante » aux Etats-Unis, « Homeschooling as a viable option for African American children ». (L’école à la maison une véritable alternative pour les enfants africains américains). Ainsi, l’enfant blanc sera « éduqué » et l’enfant noir sera « dressé », endoctriné, pour paraphraser l’auteur.
Si effectivement nous voulons sauver nos enfants de cet endoctrinement programmé par un enseignement qui les détruit mentalement, le Homeschooling peut être une alternative qui permettra de rectifier le tir. Actuellement, de plus en plus de parents américains choisissent cette option. En France, le mouvement n’est pas encore très connu mais la communauté kamite commence à y réfléchir sérieusement. Il faut se donner les moyens et avoir les outils nécessaires pour réaliser une telle institution. L’idée va certainement faire son chemin.
 
Bobby Eugène Wright (1934-1982)
I.O. : En quoi l'œuvre de Bobby Wright a t'elle était révolutionnaire ? Est-il le seul professionnel de santé à avoir abordé cette grave question des causes et des conséquences du racisme institutionnel ?
S.G. Etombè : L’œuvre de Bobby Wright a été révolutionnaire à cette époque car ses pairs psychologues et professionnels de santé étaient plutôt occupés à étudier ce qui n’allait pas chez les Noirs, mis à part certains scientifiques comme la psychiatre et regrettée Frances Cress Welsing qui est décédée ce samedi 2 janvier 2016, paix à son âme. Véritable génie prolifique, dans son ouvrage « The Isis Papers », publié en 1991, le Dr Welsing développe une analyse et une explication méthodologique courageuses et approfondies des symboles, du système et des mécanismes de fonctionnement qui sous-tendent le phénomène du racisme et de la suprématie blanche. En effet le Dr Welsing a dédié sa vie entière à la recherche d’une explication à cette animosité intrinsèque entretenue par la majorité des Européens vis-à-vis des Noirs. Bobby Wright a emboité le pas à son aînée et s’est autorisé à problématiser l’homme blanc dans son comportement avec l’homme noir.
Par ailleurs l’originalité de l’œuvre de Wright s’inscrit dans cette dynamique de la libération du peuple kamit par la création d’une « Théorie Sociale Noire ». Ce projet va dans le sens de l’afrocentricité. C’est la seule issue pour « la libération des esprits de nos enfants » car ils auront la possibilité d’étudier leur histoire, de s’affirmer en tant que kamits conscients de leur patrimoine culturel ancestral afin de devenir au final, des acteurs à part entière et opérer les changements et les transformations radicales nécessaires au projet de la renaissance africaine.
Références
Asante, M.K. (2011). [Conférence Decolonising Universities]. Visible sur internethttps://www.youtube.com/watch?v=S8g...
Asante, K.M. (2013). [Vidéo Dr Molefi Kete Asante on Afrocentricity]. Visible sur internet https://www.youtube.com/watch?v=Wyv...
Mazama, A. (2013). [Vidéo Homeschooling as a Viable option for African American Children]. Visible sur internet https://www.youtube.com/watch?v=MTH...
Welsing, F.C. (1991). The Isis Papers. Chicago: Third World Press.
Wright, B.E. (1984). The Psychopathic Racial Personnality: Chicago: Third World Press. Traduction Etombè, Iterou, O. (2014). La personnalité raciale du psychopathe. Philadelphia : Afrocentricity International.
*La Personnalité raciale du psychopathe, Bobby Eugène Wright, livre en vente chez Soul Brother , 4 rue des Prêcheurs, Métro Chatelet Les Halles, 75001 Paris. Prix 12 euros.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
mardi, 03 novembre 2015 21:18

LYANNAJ : La force des ancêtres

Hotep à toutes et à tous

Je vous informe de la sortie de mon nouveau livre :

LYANNAJ

La force des ancêtres, par Iterou Ogowè (auto édition numérique, ouvrage diffusé par Amazon, kindle, 3,51 €).

J'ai écrit Lyannaj pour les lecteurs afrodescendants qui s'intéressent au revival kemit, mais aussi pour les curieux, africains ou non, qui se sentent concernés par les grands défis du multiculturalisme et par ce que Molefi Kete Asante appelle "le pluralisme sans hiérarchie."

Certains d'entre vous me connaissent comme l'auteur de l'Harmonie Kamite (éditions Menaibuc, 2014). Je suis aussi responsable de l'éducation historique et de la défense mémorielle chez Afrocentricity International France. 

Dans ce livre, je reviens sur mes jeunes années. Ce n'est pas un luxe, parce qu'un parcours afrocentrique est toujours singulier. On pourra découvrir que je ne me suis pas converti au panafricanisme en France. Je l'étais déjà devenu en Afrique. Les livres d'Ibrahima Baba Kaké, de Théophile Obenga, de Mongo Beti et de Julius Nyerere m'avaient conscientisé.

Ayant auparavant grandi en France, j'avais fini par attraper une sorte de "chaud et froid" , en passant d'un continent à l'autre. Je veux dire par là que c'est en revenant en France que je me suis senti Africain puis Kamit avec ce principe du Soleil Noir (Râ Kem) que les Kemits Renaissants connaissent bien.

Mais que ce cela soit bien clair : je me reconnais volontiers dans l'analyse synthétique que fait de l'Afrocentricité l'universitaire japonais Yoshitaka Miike (Mazama 2005, Essays in Honor of an Intellectual Warrior : Molefi Kete Asante, ouvrage collectif, éditions Menaibuc), "l'Afrocentricité n'est ni un afrocentrisme hégémonique, ni une version africaine d'un eurocentrisme ethnocentriste" (p.299). L'Afrocentricité rend compte tout simplement, du retour des Africains vers leur propre centre, conceptuel, intellectuel, mais aussi géographique et historique. C'est ainsi que nous pourrons développer notre continent d'origine et trouver notre juste place en situation de diaspora, dans nos pays d'accueil.

Mon récit, c'est la petite histoire dans la Grande Histoire. Je cite et rend hommage à tous les êtres humains de bonne volonté qui reconnaissent l'apport essentiel et décisif de l'Afrique  à la civilisation universelle.

C'est un message d'espoir. C'est un livre écrit à la première personne qui montre qu'une vie humaine est riche de rencontres et de questionnements. C'est une modeste invitation adressée à l'humanité, pour qu'elle se réconcilie... enfin,... avec elle-même.

Vous pouvez acheter le livre en cliquant sur le lien ci-dessous: 

http://www.amazon.fr/LYANNAJ-force-anc%C3%AAtres-Iterou-Ogow%C3%A8-ebook/dp/B016FVDRDE/ref=cm_sw_em_r_dpod_E3sowb1PMDRB5_tt

 

 

samedi, 22 août 2015 00:00

ÊTRE AFROCENTRIQUE À KARUKERA

ÊTRE AFROCENTRIQUE À KARUKERA

La force tranquille de la shenuti Afwa

Une interview d'Iterou Ogowè

La première fois que j'ai vue la soeur Afwa - c'était en Ile-de-France - elle avait participé à une courte cérémonie spirituelle kamite, en traduisant en langue guadeloupéenne de façon simultanée, les propos du shenuti Ameni. C'était à l'occasion d'un événément* organisé en octobre 2014, à l'occasion de la parution de mon livre, « L'Harmonie Kamite (éditions Menaibuc).

Aujourd'hui, en tant que Shenuti, elle organise la causerie du 30 août prochain sur Marcus Garvey (à Port Louis).

Nous avons tenu à interroger la soeur Afwa sur son activité de shenuti, sur sa vision des enjeux culturels actuels et sur les défis à relever par toutes les personnes afrocentriques.

Iterou Ogowè : Shenuti Afwa, Hotep. Vous êtes la représentante d'Afrocentricity International en Guadeloupe. Tout d'abord, quelle est la signification de votre titre « shénuti » et ensuite pouvez-vous nous dire quelques mots sur Afrocentricity International, ses origines, sa philosophie et ses objectifs ?

Shenuti Afwa : Hotep frère Iterou. Je tiens à vous remercier de me donner cette opportunité d'échanger sur le travail que nous avons commencé ici en Guadeloupe avec la force des ancêtres. 

Tel qu'il est employé dans le contexte de notre organisation Afrocentricity International, le terme kamit ancien  "shénuti", est synonyme de leader et de responsable de division.

Il faut comprendre que le/la shénuti a le devoir de s'imprégner du chemin parcouru par nos anciens (lecture, critique, analyses, études) dans cette noble lutte pour l'autodétermination. La mission de shénuti implique également un engagement en faveur de l'éveil spirituel, notamment pour la pratique du Mwikadilo Muya, une spiritualité destinée à construire notre nature humaine, un corps de textes structuré par la per aât Ama Mazama et par le sesh international Molefi Kete Asante. Il s'agit là d'unifier les chemins spirituels ancestraux africains. 

Bien entendu un shénuti n'est pas infaillible, mais elle/il s'efforce d'avoir une discipline exemplaire pour galvaniser et organiser l'action de son équipe.

I.O : Le 30 août vous organisez, à Port Louis, une causerie en hommage à Marcus Garvey. Il y a plusieurs dimensions de Garvey : le serial entrepreneur... le prophète kamit, le poète, le visionnaire, le moraliste... Quelle dimension du personnage allez vous privilégier ?

S. A : Le 30 août marquera notre deuxième hommage à l'illustre Marcus Garvey d'une part parce que nous le considérons comme un ancêtre d'une grande importance, qui s'est démarqué par ses qualités de visionnaire, son engagement pour son peuple, son abnégation et surtout ses qualités de meneur. 

Dans le flux permanent de négativité qui nous inonde quotidiennement depuis que l'Occident a déclaré la guerre aux Africains, nous avons besoin de mettre en avant nos ancêtres, en d'autres termes, nos héros, ces femmes et ces hommes de bien, du continent et de la diaspora. Pour le moment nous nous efforçons de faire connaître Marcus Garvey, car il est très peu connu en Guadeloupe, si ce n'est au travers du prisme prophétique tant plébiscité par nos frères et soeurs rastas. 

FLYER Garvey GUADELOUPE

Garvey était un Africain anglophone né en Jamaïque dont l'héritage a été frappé d'ostracisme en raison de ce que représentait son travail édificateur pour le peuple kamit. Et bien qu'il soit officiellement un héros national en Jamaïque, sa terre de naissance, ce n'est que très récemment que ses enseignements ont intégré les programmes scolaires officiels du pays. Ce qu'il a accompli avec l'UNIA est très complexe par son action mémorable et exemplaire. Cela mérite de ce fait, des études approfondies pour en retenir le meilleur. Il représente d'ailleurs une source d'inspiration pour l'ensemble de l'organisation A.I. Notre per aât incite chaque division à marquer chaque année publiquement ou en privé notre révérence au génie de l'homme  Marcus Mosaiah Garvey. Ainsi nous avons choisi cette année 6252, un site naturel, un morne de Port-Louis transformé en jardin 

nourricier : "Le paradis de Montalègre" par le travail acharné et méthodique d'un ancien, son propriétaire.

I.O : Pouvez-vous dire à nos lecteurs qui sont originaires de toute les terres kamites, quelques mots au sujet du professeur Ama Mazama et surtout, pourquoi chacune de ses visites en Guadeloupe et ailleurs, constitue un événement ?

Shénuti Afwa : Le professeur Ama Mazama est une figure de proue du mouvement afrocentrique. Elle-même originaire de la Guadeloupe, elle a su mettre en lumière dans bon nombre de ses ouvrages, les rouages du système  occidental d'oppression, sa nature intrinsèquement ravageuse et autodestructrice. Et pour nous Africains occidentalisés, c'est la sauce à laquelle nous sommes mangés. Elle a développé une méthode d'analyse franche, qui lui est propre, en trait d'union avec le monde de la recherche des Africains anglophones et celui des Africains francophones. Ces langues coloniales qui nous ont été imposées par volonté de domination, restent des entraves majeurs au partage de connaissance au sein de notre peuple renaissant. Notre per aât est aussi une mambo, une dignitaire vaudouïsante, une militante intellectuelle consciente que le chemin de la véritable émancipation kamite, passe par la réconciliation avec notre dimension spirituelle et nos traditions ancestrales spirituelles.

I.O : Vous avez la chance d'être la shénuti d'Afrocentricity International Guadeloupe, dans le pays d'Oruno Lara, de Joseph Ignace, de Solitude... En dépit de cela, vous devez avoir beaucoup de travail, parce qu'en même temps que la renaissance africaine (Uhem Mesut) poursuit son petit bonhomme de chemin, des obstacles se dressent quotidiennement sur la route menant à notre émancipation intellectuelle... Comment votre section de Karukéra arrive-t'elle à trouver son chemin, dans un tel 

contexte ?

"Nous polissons en surface les idées et les concepts circonstanciels que d'autres ont inventé pour nous humilier et nous plonger dans l'amnésie, puis l'immobilisme."

S.A : Question très complexe à mon sens qui mériterait à elle-seule un article tout entier (sourire) ! L'Uhem Mesut qui repose sur une profonde prise de conscience identitaire pour nous Kamits en terre de Guadeloupe, est entravé par les palliatifs identitaires et les artifices socio-économiques, qui nous sont tendus clés en mains et qui devraient être pris avec beaucoup de scepticisme. Autrement dit, s'acharner à définir ce que nous sommes avec les concepts des leucodermes nous mène à cette dévalorisation que nos valeureux ancêtres déportés ont farouchement combattue. Créoles ? Antillais ? Neg Mawon ? Nèg ? Guadeloupéens ? Noirs ? Métis ? Peuple mosaïque ? Châbins ? Aliénés ? Mulâtres ? Classes sociales ?... Médiocres, paresseux, fêtards ?... Qu'est-ce qu'un Guadeloupéen ? Pourquoi me sentirais-je plus guadeloupéenne que les descendants d'esclavagistes ? Nous polissons en surface les idées et les concepts circonstanciels que d'autres ont inventé pour nous humilier et nous plonger dans l'amnésie, puis l'immobilisme. Malheureusement nous en faisons le fondement de notre reconstruction qui dans ces conditions reste fantasque et naïve. Beaucoup arrivent à parler du continent-mère, mais sont incapables de s'y identifier culturellement parlant. L'Afrique est donc un sujet très théorique de débat intellectuel, sans aucune perspective d'avenir pour le Guadeloupéen de nationalité française. 

Très souvent nous glorifions la couche arable de notre culture dite "guadeloupéenne" sans nous rendre compte que celle-ci n'existe que parce qu'elle tire toute son essence et sa richesse des couches supérieures, des couches inférieures et du noyau de notre Ta Meri [Egypte antique africaine/noire] ancestrale. 

Autrement dit notre positionnement à A.I en tant qu'Africain/Kamit sans détours, trouve en face la désapprobation de beaucoup, qui je pense, vivent cela comme un nouveau déracinement. Se dire "Africains" sous-entendrait pour eux un divorce systématique avec notre expérience collective en Guadeloupe avec laquelle ils sont en passe de se réconcilier. Ils perdent pourtant de vue que les premiers de leurs parents déportés avaient eux-mêmes des parents qui menaient leur propre existence au continent-mère. Or, cette même question identitaire ne se pose jamais pour le collectif indien, le collectif béké-blanc, le collectif syro-libanais, le collectif juif et le collectif chinois, présents en Guadeloupe. C'est vous dire à quel point notre espace mental est profondément habité par le discours des autres sur nous-mêmes. Si vous ajoutez à ce grand bluff, tout un tas de divertissements pour s'évader de la misère sociale et endémique propres aux sociétés coloniales, vous voyez que la situation est loin d'être simple.

C'est ainsi qu' A. I Guadeloupe amorce aujourd'hui un travail assidu avec d'autres organisations et associations panafricaines militantes, pour inverser ce phénomène d'auto-destruction des Kamits de Guadeloupe qui se refondent en tout, sauf en ce qu'ils sont fondamentalement. Car trop souvent nos frères et nos sœurs sont prompts à interpréter la richesse d'approche de nos organisations respectives comme un manque d'unité, donc un prétexte pour ne pas s'engager. D'autre part, nous travaillons à développer notre propre vision de la renaissance africaine ici, conscients que nous Africains de la Guadeloupe, nous sommes les héritiers d'une longue histoire récente et ancienne de résistance, de combativité et de créateurs de civilisations.

I.O : Quels sont les événements que vous organisez durant l'année qui drainent le plus de monde et qui sont très prisés par la communauté ?

S. A : Pour être honnête, notre discours ne plaît pas forcément à tous les "noirs" de Guadeloupe qui trouvent souvent leur compte dans la multiplicité d'évènements culturels "pseudo-gratis", mais très chers pour notre porte-monnaie de contribuables. Aussi nous travaillons à nous faire connaitre de ceux qui sont déjà dans cette phase de questionnement et pour le positionnement philosophique et culturel, A.I Guadeloupe sera stimulant. Nous organisons la diffusion d'informations de manière encore conventionnelle par des débats, des discussions littéraires et des ateliers. 

"Tout peuple a besoin d'un discours symbolique fort et pour nous Kwanzaa, inspiré des fêtes de récolte ancestrales, va dans cette direction."

Mais nous sommes en pleine réflexion pour diversifier notre approche. Kwanzaa reste un temps fort pour nous membres de A.I et surtout pour l'instauration de nos échanges avec le public. Les réactions sont encore partagées autour de Kwanzaa, mais il faut surtout retenir qu'étudier notre antiquité et notre patrimoine africain ne nous servirait à rien si nous ne sommes pas capables de nous en inspirer pour créer les conditions nécessaires pour nous reconstruire. Tout peuple a besoin d'un discours symbolique fort et pour nous Kwanzaa, inspiré des fêtes de récolte ancestrales, va dans cette direction. Un autre temps fort, reste la cérémonie annuelle du Dina de reprise d'un nom kamit/africain. Cela touche beaucoup les participants.

I.O : En tant que shénuti vous avez été amenée à participer à des conventions ou incitée à découvrir d'autres horizons géographiques, avec toujours en toîle de fond, la solidarité avec le peuple kamit du monde... Quels sont les voyages qui vous ont le plus enrichie culturellement et amenée à changer votre regard sur le monde kamit et le monde en général ?

J'ai toujours porté un intérêt particulier aux voyages et surtout pour rencontrer mes semblables, je dirai qu'au sein d'A. I, voyager avec cette perspective afrocentrique en tête et être entourée de personnes dans le même état d'esprit, est une expérience incomparable. J'ai été profondément marquée par notre convention au Brésil en 6251 (ma première, l'année dernière), en découvrant Salvador de Bahia, sa richesse culturelle, ses temples du candomblé. Mais c'était aussi l'occasion de mieux connaitre la situation d'oppression et de persécution des Africains Brésiliens par les forces au service de l'ordre de terreur et de constater les expropriations de nos frères et soeurs des favélas devenues prisées par les riches. 

Enfin je dirai que pour moi, le déplacement le plus chargé symboliquement parlant,  a été mon premier voyage en Haïti avec Afrocentricy International. Cela a été une révélation spirituelle, qui croyez moi, amène une personne à se poser encore plus de questions dans une atmosphère emprunte de sérénité. Ma rencontre personnelle avec le vodou, les gens, les paysages, la nourriture représente une onde de choc positive dans ma vie. Et pour cela j'en serai toujours reconnaissante à notre per aât et aux ancêtres. 

I.O :Vous suivez avec beaucoup d'attention l'actualité politique et sociale aux Etats-Unis. Comment expliquez-vous, qu'avec un président afrodescendant, la communauté kamite aux Etats-Unis, soit ciblée régulièrement par des attaques terroristes policières ? 

S.A : Cela ne m'étonne pas. Le président "Obama" est un phénomène construit de toute pièce par l'amérique blanche, qui use et abuse de cette culture judéo-chrétienne de sauveur que l'Occident nous a imposée durant des siècles, par lavage de cerveau. Pendant que beaucoup d'entre nous, s'extasient devant le fait qu'il soit "noir" de peau et président des USA (tout comme la garde des sceau Taubira, ou la ministre américaine de la justice Lynch), combien savent qu'en réalité il est le président le plus foncé de peau de l'histoire des nations occidentales, sans pour autant être le premier à avoir une filiation directe africaine. 

Obama est capable de manifester la plus grande empathie publiquement quand il y a des attaques armées contre les Blancs et il condamne les Africains Américains pour leurs réactions face à l'hécatombe orchestrée par la police et cautionnée par le système légal d'injustice des USA. 

Le fait qu'il ne se soit jamais soucié des cas célèbres de nos frères et soeurs activistes comme Asata Shakur en exil ou Mumia Abu Jamal dans le couloir de la mort ou qu'il soit le président qui a le plus bombardé l'Afrique, démontre qu'il a en réalité une mission de "pretty face" [belle gueule] pendant qu'il travaille à renforcer l'oppression de son propre peuple. 

Il fait partie de ces marionnettes de luxe qui exécutent les quatre volontés de ceux qui les ont mises en place. L'Amérique blanche a choisi de mettre à la maison blanche un président "noir" mais pas trop, pour accomplir ses sales besognes de "nègre". Dans 150 ans cette même Amérique blanche après l'avoir encensé, va nous le servir comme l'archétype du traitre afin d'attiser cette haine de nous-même, à l'exemple de ces roitelets collabos ou lancados (fin XVII et XIXe ) programmés en Europe et parachutés en Afrique à la tête de pseudos royaumes en ruine, vendeurs d'esclaves auxquels ils ne s'identifiaient même pas. Les travaux des Seshs Bwemba-Bong et Klah Popo pourront vous aider à cerner cette question. C'est là une veille stratégie d'instrumentalisation de ces afro-descendants, culturellement assis entre deux chaises auxquels l'Occident fait un chantage émotionnel permanent. Obama ne peut se défaire de ses propres entraves, à fortiori il ne peut au nom de la Maât, défaire celles de ces semblables. 

I.O : En même temps, il y a beaucoup de bonnes nouvelles qui nous viennent de l'Amérique africaine, l'Amérique kamite... Le courant philosophique de l'afrocentricité est né aux Etats-Unis, en 1980 avec Molefi Kete Asante, notre organisateur international... Comment avez-vous personnellement découvert l'afrocentricité ? 

S. A : Selon moi le Pr Molefi a éclairé avec génie et pertinence l'évidence existante. Par nécessité historique spécifique, nous Kamits du monde entier, devons individuellement et collectivement clamer, au risque de passer pour arrogants, ce que nous sommes, en raison du mutisme qui nous a été imposé. 

"Le discours afrocentrique a articulé les mots que ma voix intérieure recherchait activement." 

Nous devons passer au crible de notre sagacité tout ce qui est pensé (donc produit par l'homme) autour de nous pour nous assurer de sa compatibilité avec notre renaissance. Personne ne pourra le faire à notre place. Je pense que le discours afrocentique à permis l'émergence aux USA d'un foisonnement de mouvements comme le kémitisme, dont nous perçevons récemment quelques bribes. Ma première rencontre avec l'afrocentricité a été au travers de l'ouvrage "Langue et identité en Guadeloupe: une perspective afrocentrique", publié en 2000 par le Pr. Ama Mazama, que j'ai rencontrée lors d'une conférence à l'occasion de Kwanzaa 2009, sur une thématique liée à Obama.

Shenuti Afwa avec Sahoure Mentu Bogne Molefi Kete AsanteAma Mazama

Le discours afrocentrique a articulé les mots que ma voix intérieure recherchait activement. Je me suis intéressée à presque toutes les mouvances noires revendicatrices de notre région, la négritude, le marronage culturel, le rastafarisme, le panafricanisme, le nationalisme local sans jamais y trouver mon compte. J'ai été très sensible aux travaux de Kamau Brathwaite et d'Erna Brodber . Mais j'avais très vite compris que ni la créolité, ni le préchi précha du Tout-Monde (Glissant), ne sauraient me convenir. J'ai pris conscience que j'avais le droit et le devoir de me reconnecter à Kama [ndlr l'Afrique], ce besoin se faisait sentir. J'ai la conviction que les intellectuelles, tout comme les artistes d'un peuple sont investies d'une noble mission très spéciale qui est de nourrir et de stimuler les consciences de celui-ci. Nos ancêtres de l'antique Farafina n'ont pas eu recours à un discours estampillé afrocentrique parce qu'ils avaient en main la souveraineté sociétale et intellectuelle de leurs territoires. C''est en cela que je pense que le travail du Pr Molefi et de tous les afrocentriques est un catalyseur pour remettre en marche le cour naturel de nos choses. 

I.O : Afrocentricity International Guadeloupe s'est rapproché récemment du LKP (Lyannaj Kont Pwofitasyon), qui est un mouvement syndical. Quels sont les qualités qui vous ont séduite chez les soeurs et les frères du LKP ? 

S. A : Nous nous sommes rapproché du LKP notamment dans le contexte du mouvement de réparations du Maafa-Yovodah (esclavage et crime colonial des blancs) et de l'inauguration du musée colonial Mémorial Acte (outil propagandiste et illusionniste). Il était nécessaire qu'Afrocentricity International apporte sa contribution d'Avril à Mai, dans les temps forts de cette année. Permettez-moi de rectifier, le Lyannaj Kont Profitasyon n'est pas une organisation syndicale, bien que son porte parole soit un syndicaliste chevronné, en la personne d'Eli Domota, il s'agit dans l'histoire de la guadeloupe et de la région, d'un organe populaire, inédit, rassemblant organisations syndicales, associations diverses et les mouvman kiltirèl (emblématiques de la guadeloupe) qui a profondément marqué la population par sa capacité a canaliser les énergies populaires pour la lutte contre le système d'oppression coloniale. A tel point que depuis 2009 le gouvernement français colonial s'est acharné à nier l'existence de cet organisme ainsi que sa légitimité, tout en menant par tous les moyens une politique d'obstruction systématique.

Il nous est apparu naturel de nous positionner par rapport aux disfonctionnements politiques et sociaux donc sociétaux, que le LKP a mis en exergue, puisque nous nous rejoignons sur bien des points. Ainsi nous avons pu dialoguer avec eux de certains de ces aspects. De notre point de vu à Afrocentricity International Guadeloupe, la notion d'auto-détermination pour les Kamits en Guadeloupe qui nous est si chère, mène inévitablement à la question de la souveraineté du peuple et du territoire et inversement. 

L'émergence de notre territoire en tant que nouvelle nation passe par l'éveil des consciences des personnes d'ascendance africaine qui représentent la majorité. Ce pays qu'il réponde au nom de Guadeloupe (comme l'a déjà décidé le colon), Karukéra (comme l'appelaient les Kalinagos) ou tout autre nom désigné par son peuple souverain, ne pourra exister qu'à la seule condition que les consciences de ces dernières soient sincèrement touchées. Il s'agit  de ne pas "faire ce que font les blancs en noir" (Mazama 2003) ; sachant que nous savons à quel point la France excelle dans l'élaboration d'indépendances mirages. 

Mais nous avons également fait le rapprochement avec le LKP parce que se sont des hommes et des femmes d'engagement et nous aurons très certainement des leçons à tirer de leurs expériences et des problématiques qu'ils soulèvent. Nous sommes très fiers d'avoir contribué cette année en mai dernier, à un vibrant hommage commun aux ancêtres africains qui ont vécus dans des conditions atroces, mais qui nous ont permis, par leur volonté de transmettre la vie, d'être là aujourd'hui.

En plus de notre cérémonie Tudituvuluka  (cérémonie annuelle en l'honneur des combattants, des victimes de l'esclavage et de la colonisation) en septembre, chez Afrocentricity International nous travaillons d'or et déjà avec le LKP à instituer cet hommage commun chaque année. 

I.O : Nos esprits kamits, un peu égarés, ont besoin partout dans le monde d'être rééduqués, à cause du rouleau compresseur colonialiste et suprémaciste. Vous avez déjà démarré une démarche en ce sens, en recommandant une étude suivie de six ouvrages importants pour les Kamits renaissants. Pouvez-vous nous parler de ces six livres et de ce qu'ils peuvent apporter à nos soeurs et nos frères, en terme de savoirs, de sagesse et de conseils pratiques ? 

S. A : En ouvrant les portes d'A.I Guadeloupe aux adhésions, nous avons très vite réalisé que chacun se faisait une idée approximative de ce qu'est l'afrocentricité, de la renaissance africaine, de ce que signifie être kamit et que les gens faisaient dans leur coin leur petite cuisine personnelle : un vrai toumbélé (soupe composée) ! Pour tous nous mettre au diapason de notre paradigme, et quitter nos haillons de colonisés, nous nous devions d'entamer une phase d'harmonisation. Très souvent j'entends nos frères et nos soeurs se plaindre que nous Kamits parlons trop et n'agissons pas, mais le danger c'est de basculer dans l'attitude extrême qui consiste à agir sans une réflexion approfondie préalable, alors que nous sommes attendus au tournant. C'est ainsi que nous organisons un module de palabres et travaillons  en nous basant sur les six ouvrages suivants : 

L’impératif afrocentrique, Ama Mazama, 2003 

Kwanzaa ou la célébration du génie africain, Ama Mazama, 2006 

L’Afrocentricité , Molefi kete asante, 2003

Message au Peuple, le cours de philosophie africaine, Marcus garvey, 2010 

Les chemins de la Maat, Doumby Fakoly, 2008 

Religion et Renaissance Africaine, Ama Mazama, 2010 

Il me semble que si vous vous plongez tout de suite dans des lectures très techniques et denses comme Nations Nègres et Culture de Cheikh Anta Diop, il y a de très fortes chances que vous passiez à 

côté de l'essentiel du message que cet ouvrage représente pour votre quête personnelle. Pour ma part quand je l'ai pour la première fois abordé il y 8 ans, en pleine euphorie universitaire occidentale,  j'étais pourtant convaincue d'être une étudiante studieuse. Mais à la fin de ma très fastidieuse lecture, j'ai eu l'impression d'avoir refermé un pavé, hermétique et compliqué. Ceci pour la simple et bonne raison que si vous ne prenez pas le temps de vous désintoxiquer, de faire le point avec vous même et votre vision de la vie, tous les livres de connaissance sur notre peuple traverseront votre existence comme une accumulation d'informations très théoriques. 

"Il ne s'agit pas d'une recette toute prête à mettre au micro-onde et hop (!) c'est prêt en 3 minutes !" 

C'est comme vouloir vous connecter à internet sur une borne wifi avec l'un de ces tous premiers dinosaures cellulaires aussi gros qu'un frigo ( sourire). Il y a un moment où nous devons avoir le courage de remettre notre vie en question, ainsi que notre appareillage de lecture du monde, grâce au prisme que nous offre l'afrocentricité. Il ne s'agit pas d'une recette toute prête à mettre au micro-onde et hop (!) c'est prêt en 3 minutes ! En raison de la difficulté permanente de cette tâche, nous nous devons comme dans une famille, de nous encourager mutuellement. C'est l'un des objectifs premiers de ce module : créer du lien. 

I.O : Pouvez-vous nous parler des sources kamites de la langue guadeloupéenne que vous affectionnez tant ? 

La langue vernaculaire en Guadeloupe est souvent définie comme une langue composite vulgairement appelée : créole. Nous n'adhérons pas à cette étiquette parce que l'homme créole au temps des sociétés de plantation esclavagistes, était "tout homme blanc né aux Antilles". Depuis, ce terme, comme la peste a contaminé notre imaginaire, entravant notre capacité à nommer, donc à conceptualiser notre expérience de vie. Nous mangeons "créole" et nos animaux, nos plantes, nos jardins, nous-mêmes ainsi que tout ce qui émane de nous, s'est métamorphosé et est à présent affublé de ce qualificatif : "créole". 

Ainsi, l'ensemble des langues apparues dans ce contexte de domination dans la Caraïbe, sont classées comme "créoles", c'est à dire, des sous langues, des patois ou des dialectes, un peu comme le pidgin ou le "broken english". Il est important de comprendre l'aspect limitatif de telles appellations dépréciatives. Ce qui est signifié ou induit, c'est que ces langues restées au stade d'une pseudo construction, seraient impropres à tout usage intellectuel et scientifique. Le travail scientifique le plus détaillé sur la question des origines africaines de la langue guadeloupéenne, est sans doute celui de notre Per Aât Ama Mazama  : "Langue et identité en Guadeloupe, une perspective afrocentrique", 2000. 

Cette étude permet de réaliser ce qu'il y a de plus logique; au moment où cette langue s'est constituée, la Guadeloupe était essentiellement peuplée d'Africains en condition de servitude qui ont fondamentalement imposé leur diversité linguistique. Cette langue n'est donc pas apparue par simple acte de bienveillance des Créoles [Ndlr Blancs, futurs Békés ] soucieux de communiquer avec les masses africaines dominées par la violence. Il ne suffit pas d'une volonté et de quelques langues sources pour aboutir à l'émergence d'une langue vivante, la débâcle de l'espéranto européen en est un parfait exemple. 

Mais voilà une thématique qui ne passionne pas les chercheurs créolistes, eux qui ont accepté la présence de l'Afrique réduite à un phénotype et à quelques rythmes "endiablés". Depuis les travaux du Pr Ama Mazama cette question est restée lettre morte. Son travail permet pourtant de comprendre la teneur du génie de cette langue, sa poésie, sa musicalité et son univers conceptuel. Le guadeloupéen, en plus de renfermer des termes d'origines africaines comme guimbo(chauve-souris), didiko (petit-déjeuner), makayé (grignoter), doit beaucoup à ses parents linguistiques du continent, au niveau structurel, syntaxique,et savant. 

Bien entendu le contexte d'oppression colonial occidental l'a également impacté depuis des siècles, avec l'usage croissant de termes français ou européens, servis à la "sauce créole". 

Enfin, je dirai que le guadeloupéen est révélateur des logiques internes qui caractérisent la population qui parle cette langue, ses origines kamites restent encore mésestimées et sous-estimées du fait de l'idéologie intellectuelle qui est à l'œuvre. Distinguer l'apport africain dans notre langue nécessitera une étude approfondie en collaboration avec d'authentiques locuteurs-chercheurs de Kama. Une démarche qui relève de l'impossible pour des gens qui tournent systématiquement le dos au creuset de la vie : l'Afrique ! De plus, une telle démarche mettra inévitablement à nu le mythe de la création linguistique multiculturelle sur fond de cohabitation doudouiste. Alors je dirai à mes frères ainsi qu'à mes soeurs kamites chercheurs : Beaucoup reste à faire. An nou-ay! 

I.O : Quelles sont les ressources culturelles dont dispose le peuple kamit pour trouver des réponses inédites face à une situation sociale compliquée ? En quoi, l'exemple de Marcus Garvey– un véritable serial entrepreneur - peut il s'appliquer à la Guadeloupe ? 

Les problématiques sociales qui s'imposent à nous en Guadeloupe sont de grande importance. La Guadeloupe est parmi les territoires français les plus dynamiques en terme de création d'entreprise (et d'association), paradoxalement avec les plus forts taux de chômage et de dépôt de bilan. Bien entendu nous Kamits sommes les plus touchés. On nous parle d'une société de la diversité, mais ce sont les mêmes qui connaissent la déchéance jusqu'à vivre dans les rues, et ce sont aussi les mêmes qui accèdent aux vrais postes décisionnels (exceptions faites des marionnettes de luxe car nous en avons aussi !) ou à la tête de sociétés prospères.

"Les Africains de Guadeloupe doivent se forger une conscience entrepreneuriale, qui pour exister et perdurer (par la transmission), doit être ancrée dans une bonne maîtrise historique, une bonne estime d'eux-mêmes et de leur communauté..."

Ici les prémices de l'entreprenariat tiennent d'un héritage esclavagiste. Les premières sociétés commerciales en activité étaient toutes de près ou de loin, liées à ce système négrier d'oppression. Malgré leur grande marge de profit et leur propension au vol, elles faisaient souvent faillite (souvent pour ne pas payer d'impôt). À l'abolition de l'esclavage, les esclavagistes ont été dédommagés sur 20 ans. Excellent capital pour relancer leur business ! Aujourd'hui, trop souvent nous nous lançons naïvement dans ce qui même avec de très bonnes idées, devient un vrai parcours du combattant, pensant que seul le travail acharné nous permettra de percer. En échangeant avec certains entrepreneurs, nous nous rendons compte qu'il existe en place une volonté étatique et une démarche de lobbying de sabotage, qui s'assure de la ruine de ceux d'entre nous qui osent entreprendre et réussir. 

Les Africains de Guadeloupe doivent se forger une conscience entrepreneuriale, qui pour exister et perdurer (par la transmission), doit être ancrée dans une bonne maîtrise historique, une bonne estime d'eux-mêmes et de leur communauté basée sur la confiance et la solidarité, une bonne connaissance des ressources naturelles de leur pays (et de la région) des savoirs-faire de leurs ancêtres et de leurs compétences disponibles, une bonne vision emprunte de solides valeurs civilisationnelles, une bonne formation en économie et en gestion, une bonne maitrise du cadre institutionnel et légal français, une bonne culture commerciale à l'africaine (redéfinition de notions telles que la prospérité, la consommation et  la gestion du profit) et surtout une conscience de la mainmise économique de ceux qui se sont autoproclamés les maîtres de ce territoire. En clair être armés d'une conscience véritablement afrocentrée et très critique de l'époque actuelle.

Quel est l'intérêt de batailler autant pour nos entreprises, si c'est pour reverser nos profits aux mains de ceux qui s'avèrent être nos ennemis de longue date ? La Guadeloupe est une colonie déguisée où s'affrontent en silence des intérêts divergents, dès lors sa seule raison d'exister en tant que département/comptoir reste 

sa "lucrativité" pour l'état français et les descendants d'esclavagistes, secondés par ces mêmes confréries qui nous empoisonnent la vie en Afrique. Marcus Garvey peut devenir un modèle par ce qu'il a pu réaliser dans un contexte raciste et ségrégationniste. Que son esprit de meneur et celui de tous les ancêtres favorables à notre prospérité nous inspirent ! 

I.O : Quelles sont les bonnes nouvelles que vous pouvez recenser en ce début d'année kamite 6252, en Guadeloupe ? 

Ah... je pense que les bonnes nouvelles sont encore en chemin à pas de fourmis et nous devrons user de patience (sourire) ! l'année 6251 (18 juillet 2015) s'est refermée en Guadeloupe sur un véritable bouillonnement et un questionnement émaillé d'incidents racistes ! 

6252 (19 juillet 2015 5h45) s'est ouverte avec un ciel plus clément en eau après la grosse sécheresse que nous avons connue, une victoire très attendue d'un enfant du pays Boris Carène, au tour cycliste de la Guadeloupe (évènement local incontournable) à qui j'adresse mes félicitations pour sa combativité ! Je dirai que cette période est une période propice aux rencontres entre amis et en famille en pleine nature, et je vois bien que nous en profitons. Mais plus sérieusement, cette question montre aussi qu'il y a un besoin de diffusion d'information avec une perspective afrocentrique. C'est notre responsabilité !

Les propos de la shenuti Afwa sont recueillis par Iterou Ogowè.

*Unité et Harmonie Kamite, événement organisé en 6251 (2014) par Maisha Kwanzaa et Afrocentricity International France.

mercredi, 22 avril 2015 00:00

QUI SOMMES-NOUS ?

Par Iterou Ogowè, responsable de l'éducation historique et de la défense mémorielle, Afrocentricity International France

 

On entend beaucoup parler du mot "kamit". Pourquoi ce grand succès du mot "kamit" ? Parce que "kamit" veut dire "noir" en cikam, la langue des Egyptiens/Africains de l'Egypte pharaonique.

Les Anciens Egyptiens de la période pharaonique se dénommaient eux-mêmes "Kamit", "Kemtiou", "kemmiou". La longue histoire de l'Egypte antique a été occultée par le discours assimilateur blanco-biblique ou islamo-sémitique, de façon à inculquer au peuple africain noir, le peuple aîné de l'humanité, un complexe d'infériorité, afin de faire de lui un peuple de collaborateurs et dans le but de mieux s'emparer des richesses de l'Afrique (spirituelles, minières, culturelles, etc... )

On nous dit souvent que nous Activistes Afrocentriques, sommes obsédés par l'Egypte (Ta Meri), mais l'Egypte est fille de Ta Neter, l'Ethiopie des Anciens comme aimait à nous le rappeler Yosef Ben Jochannan qui vient de rejoindre les ancêtres il y a quelques semaines à un âge vénérable (il était presque centenaire).

L'Egypte antique africaine a perduré pendant plusieurs siècles, avec son cortège d'inventions (mathématiques, papyrus Rhind, philosophie, pierre de Shabaka), avec ses rois et ses reines (Narmer, Hatshepsut, etc... ), avec ses sages comme Amenhotep fils de Hapou.

Après l'Egypte il y a eu le Ghana ancien et une suite impressionnante de royaumes en Afrique.

Aujourd'hui nous disons que les Africains et les Afrodescendants qui connaissent leur patrimoine et qui souhaitent la réintégration de Kama (l'Afrique) dans le concert des nations et souhaitent la reconnaissance de la présence des Afrodescendants et de leur apport à la civilisation universelle sont "Kemits". Car en égyptien ancien (cikam), "kamit" ou "kemit" voulait dire "noir", mais aussi "complet". L'humanité elle-même, ne sera pas complète, tant que le génocide culturel et physique contre les Kamits perdurera (Papouasie de l'Ouest, Australie), tout comme le terrorisme d'inspiration étrangère (Kenya, Nigéria) et les politiques d'assassinats institutionnels (Etats-Unis).

Nous sommes Kamits, Kemits, mais nous sommes aussi Ouolofs, Africains-Américains, Ekangs, Bakongos, Zoulous, Edongos, Africains de la Caraïbe, etc...

 

L'identité africaine est cumulative et non exclusive.

 

Les fondamentaux de notre culture sont :

- la croyance en une divinité créatrice du monde, qu'on appelle Amon Râ, Anyambyè, Mvidi Mukulu, Nyambè, Amma

- la croyance dans les génies tutélaires (Nétérou, Orishas, Loas)

- la croyance dans le fait que tout est lié, tout est interdépendant

- la croyance dans le fait que les morts ne sont pas morts (les ancêtres nous guident et nous soutiennent)

- la croyance en la vie (optimisme africain atavique)

- la croyance dans le fait que la femme et l'homme sont complémentaires

- la croyance dans le fait que la nature nous héberge, qu'elle est nous et que nous sommes elle et qu'il ne faut pas chercher à la dominer, encore moins à la violer

- la croyance dans le fait que le chef, l'autorité politique, est là pour servir le peuple et non pour se servir

 

Nous sommes des Africains parce que certains d'entre nous ont encore peur du terme "kamit", ainsi nous employons ces deux noms "Africain" et "Kamit", de façon alternée parce que la prise de conscience est progressive. Quant aux identités administratives des Etats issus de la conférence de Berlin (1885), qui vit les Européens se découper le gâteau africain et tracer des frontières arbitraires, elles sont relatives et il ne faut pas y accorder une importance fondamentale.

Quand nous sommes nous-mêmes nous sommes victorieux.

Vie, Santé, Force !

*Le premier cours public d'Iterou Ogowè aura lieu le 10 mai 2015,  de 14H30 à 17H00, au 7 passage Moncey, 75017 Paris. Métro La Fourche. Ce premier cours aura pour thème "Centralité et décentrage". Il sera interactif, c'est à dire avec une bonne participation du public.

 

 

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Convention Annuelle d'AI

25 mai 2017 00:00 - 05 juin 2017 06:00

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30
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30 décembre 2016 18:00

(Enregistrer dans le calendrier)

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