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samedi, 23 août 2014 00:00

L’Association Universelle pour l’Avancement des Noirs

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 L’Association Universelle pour l’Avancement des Noirs (UNIA) était le plus grand mouvement  panafricain de masse de tous les temps. Elle a été créée en 1914 par Marcus Mosiah Garvey (1887-1940) à Kingston, en Jamaïque. Imprimeur, journaliste et militant politique, de retour après 4 années de voyage en Amérique Latine et en Europe, Garvey était déterminé à faire quelque chose par rapport aux souffrances qu’endurait le peuple africain partout dans le monde et dont il avait été témoin. Pour Garvey, le pouvoir de l’organisation était la clé pour l’amélioration des conditions de l’homme africain. Ainsi pour réformer la situation des africains à travers le monde, il créa une organisation qu’il nomma dans un premier temps, Ligue (Impériale) de L’Association Universelle pour l’Amélioration et la Conservation des Noirs et des Communautés Africaines, qui devint plus tard, l’UNIA.

Les objectifs de l’organisation étaient subdivisés par région à l’intérieur même des sections jamaïcaines et internationales. Parmi les objectifs de la Jamaïque, il y avait les fournitures des installations nécessaires à l’enseignement, la réhabilitation des « personnes qui sont diminuées et  de celles qui sont avilies (plus particulièrement, la classe criminelle) », la stimulation de l’industrie et du commerce, encourager les « liens de fraternité » entre tout le peuple et apporter une assistance aux nécessiteux. En plus de l’aide apportée aux plus démunis, et à ceux qui sont au bas de l’échelle sociale et  à l’encouragement de l’éducation et du commerce, les objectifs internationaux visaient à « établir une Confrérie Universelle au sein de la race » et à « promouvoir l’esprit de la fierté de la race et de l’amour ». Par ces actions, l’organisation espérait renforcer les états africains  indépendants existants (l’Ethiopie, le Libéria et Haïti). 

La nouvelle organisation s’occupa à nourrir ceux qui avaient faim, à visiter les hôpitaux et à recruter des membres. Cela fonctionnait beaucoup comme une société littéraire, de discussions et débats, avec la poésie, des lectures théâtrales et des concours d’élocution. Garvey était très influencé par Booker T. Washington, fondateur de la Tuskegee Institute, Institut de Tuskegee en Alabama. Au début de cette période, il espérait construire une école industrielle en Jamaïque à l’image du modèle de Tuskegee. Dès 1916, dans une lettre adressée à Robery R. Moton, le Principal de Tuskegee après la mort de Washington, Garvey confia ses plans de renforcer l’organisation par la création de ses propres media.

Garvey fit un voyage à Harlem, New York, en Mars 1916 dans ce qui allait devenir initialement une tournée de levée de fonds de quelques mois. Il partit en tournée aux Etats Unis et au Canada et revint à Harlem où il commença à attirer un public à ses réunions de rue. Très tôt, il loua une salle et y emménagea pour la tenue de ses réunions. Et comme il grandissait en popularité, ses adeptes finirent par l’emporter sur sa décision de rester aux Etats-Unis. Par la suite, cette popularité se développa à la vitesse de l’éclair. Son organe officiel, le « Negro World »  parut plus tard, en 1918. Une série d’entreprises auxiliaires et de collaborateurs le succédèrent rapidement ainsi que le Negro Factory Corporation (1918) et la Black Star Line Shipping Corporation (1919). Le Negro Factories Corporation gérait des restaurants, des blanchisseries, une imprimerie, un hôtel et autres affaires. Dès les années 1920, il employait plus de 1000 personnes à New York. La Black Star Line fournit une crèche pour les marins et un endroit où les voyageurs internationaux africains pouvaient échapper aux restrictions des lois de Jim Crow qui étaient considérées comme normales dans les transports gérés par des blancs. Parmi les auxiliaires il y avait les Légions Universelles Africaines, un groupe paramilitaire et les Mineurs pour les jeunes membres. La Black Cross Nurses et le Universal African Motor Corps paramilitaire étaient réservés uniquement aux femmes. 

L’UNIA a acheté son propre local pour héberger ses réunions, Liberty Hall à Harlem en 1918. En 1919, les réunions de l’UNIA attiraient des foules d’au moins 5000 personnes. Elle était désormais une force majeure avec laquelle il fallait compter. L’UNIA envoya un délégué à la Conférence qui a succédée  la 1e Guerre Mondiale de 1919 à Paris. L’organisation  commença  à se développer  à l’étranger. A l’heure où Garvey convoqua sa Première Convention Internationale du Peuple Noir du Monde à New York en aout 1920, l’UNIA était déjà l’organisation africaine la plus renommée dans le monde. Il a été signalé que 25 000 personnes ont assisté aux cérémonies d’ouverture de la convention à Madison Square Garden. La parade de la convention faisait 10 km de long, accompagnée par plusieurs fanfares. L’assemblée a débuté le 1er aout  (le Jour de la Libération dans l’empire britannique) et a continué au Liberty Hall pour le reste du mois. Les représentants sont venus de tout le monde africain, y compris de l’Afrique du Sud, du Nigeria, d’Angleterre, du Panama, et de plusieurs territoires de la Caraïbes. Le document principal de la conférence, la Déclaration des Droits des Peuples Noirs du Monde a listé les pratiques racistes auxquelles les africains étaient confrontés partout dans le monde en demandant des réparations. Il revendiquait le droit à la citoyenneté africaine pour les résidents de la diaspora africaine. L’enseignement de l’histoire noire dans les écoles, stipulait qu’une majuscule N soit utilisée dans le mot Negre et jurait de protéger la féminité africaine. Il a annoncé que le rouge, le noir et le vert étaient les couleurs de la race africaine. 

Dans un premier temps, des demandes d’achat de parts dans la Black Star Line et d’accords de privilèges partout dans le monde sont arrivées trop rapidement pour permettre à l’administration de l’UNIA de les traiter. Au milieu des années 1920, l’organisation a atteint son point culminant et comptait 6 à 11 millions de membres dans plus de 40 pays. L’UNIA était devenu le plus grand mouvement africain américain, le plus grand mouvement pan caribéen et le plus grand mouvement panafricain sur le continent africain. Il y avait plus de 700 branches seulement aux Etats- Unis, dans 37 états et le District de Columbia. Parmi les 13 états qui comptaient le plus grand nombre de branches, 10 étaient dans le Sud, bien que la ville de New York eu la plus grande adhésion, estimée à 35 000 et 40 000. La Louisiane avait 74 branches, plus que tout autre état et plus que tout autre pays en dehors des Etats-Unis. Cuba, le Panama, Trinidad et le Costa Rica, respectivement ont conduit le reste du monde en ce qui concerne le nombre de branches. L’Afrique du Sud avait plus de branches qu’un autre pays d’Afrique. Il y avait des branches en Australie, en Angleterre, au Venezuela et au Brésil. Cette propagation résultait en grande partie d’un mélange d’organisateurs payés, du bouche à oreille, le Negro World (qui est devenu le journal le plus largement distribué dans le monde) et du puissant art oratoire et des écrits de Marcus Garvey.

L’UNIA opérait à l’intérieur d’une constitution formelle. Chaque branche (appelées « divisions ») avaient une liste complète d’agents et une « femme présidente ». Il n’était pas autorisé d’avoir plus d’une division dans une même ville ou district. Toutefois, dans les lieux où plus d’une branche était admise, la branche originelle était appelée une division et la seconde était définie comme une section. Lorsque le mouvement a atteint son apogée, le quartier général de la division se situait à Harlem, New York. L’UNIA attirait un bon nombre de professionnels, des juristes, des pasteurs, des travailleurs sociaux, des écrivains, et des universitaires. Son cercle d’influence était de loin plus large que ses propres cotisants. Dans certains pays comme la République Dominicaine dans les Caraïbes, le « Negro World » était le journal le plus largement distribué.

La popularité de l’UNIA était facilitée par son idéologie de nationalisme africain, construite autour des idées de la race d’abord, d’autonomie et de nation. Le concept de La race d’abord projetait la beauté des traits africains. Il exhortait le peuple africain à écrire sa propre histoire, à faire la  critique de sa propre littérature, à maitriser sa propagande et à imaginer son Dieu à son image et à sa ressemblance. Cela a incité un encouragement significatif de la part de l’UNIA pour  les arts, qui est la résultante d’une importante contribution de Garvey au mouvement de la « Harlem Renaissance ». L’autodétermination a poussé le peuple africain à « agir pour son intérêt » et cela a été matérialisé dans la Black Star Line et le Negro Factories Corporation. La nation a fait référence à un besoin de pouvoir politique à tous les niveaux. 

Les nombreuses grandes personnalités panafricaines qui ont été influencées par l’UNIA durant leurs années de formation sont le Président Kwame Nkruma du Ghana, le Gouverneur Général Nnamdi Azikiwe du Nigéria, Jomo Kenyatta du Kenya et le leadership des années 1920 de l’African National Congress (ANC) en Afrique du Sud. Les parents de Malcolm X étaient les organisateurs de l’UNIA. L’honorable Elijah Mohamed de la Nation de l’Islam était un membre de la division de Detroit.   

Quasiment toute la cohorte des leaders et des travailleurs politiques dans la Caraïbe anglophone des années 1930 avaient un lien avec l’UNIA. Garvey a envoyé trois délégations au Libéria entre 1920 et 1924, avec l’espoir d’y transférer son quartier général. Toutefois, alors que le gouvernement libérien au début, encourageait l’idée, il a fini par ne pas tenir ses promesses. Cela a été en partie motivé par la peur d’un défi politique potentiel de la part de Garvey et de la pression exercée par les gouvernements impérialistes des Etats-Unis, de la Grande Bretagne et de la France.

Le succès de Garvey était vu comme une alarme par les Etats-Unis et les gouvernements européens. Le message essentiel de la race en premier, de l’autodétermination et de la nation représentait une menace face à la subjugation européo-américaine persistante sur le monde africain. Par conséquent, le mouvement fit l’objet d’une surveillance étudiée, d’une infiltration et de répression.  J. Edgar Hoover qui devint plus tard le chef légendaire du Bureau Fédéral des Investigations (FBI), a dirigé les activités anti UNIA à partir de 1919. A plusieurs reprises, les autorités américaines ont porté des accusations contre Marcus Garvey devant les tribunaux. La plus grande de ces accusations est la fraude présumée dans un courrier par rapport à  des erreurs de la Black Star Line. Dans un effort de présenter ses idées à un public plus large, Garvey a publié deux volumes majeurs de Philosophy and Opinions of Marcus Garvey en 1923 et a été condamné à  3 mois de prison fermes sans possibilité de verser une caution. En 1929, l’appel de Garvey fut rejeté et il fut condamné à la prison pénitentiaire d’Atlanta. Il passa presque 3 ans en prison au lieu des 5 années  prononcées par la sentence. En 1927, le président Clavin Coolidge s’incline sous la pression internationale en réduisant sa peine de prison. Par la suite, Il fut immédiatement déporté en Jamaïque et accueilli chez lui en héro au mois de décembre de cette même année.

Plusieurs autres entités se mobilisèrent contre l’UNIA. Le mouvement communiste mondial a combattu l’UNIA sur le terrain idéologique (la classe d’abord contre la race d’abord) et en voulait à l’UNIA pour son emprise sur les travailleurs africains et sur les paysans à travers le monde. L’establishment intégrationniste s’opposait aussi à l’UNIA. Dans cet effort, elle était dirigée par l’Association Nationale pour l’Avancement des Noirs (NAACP). Le vaisseau amiral de l’organisation des droits civiques pour le peuple noir était dirigé par les Juifs et autres libéraux blancs. La NAACP n’appréciait pas le nationalisme noir de Garvey et sa capacité à mobiliser des ressources financière plus importantes qu’elle ne le pouvait et sans avoir recours à une aide financière de la part des libéraux. Le juge Julian Mack qui imposa la peine maximale, une amende et des frais de justice à Garvey était un membre de la NAACP et quelques fois président de l’Organisation Sioniste d’Amérique. L’organisation de Garvey avait aussi des problèmes internes. Comme on a pu le découvrir, plusieurs employés et agents de l’UNIA commettaient des vols au sein de l’organisation par opportunisme ce qui a conduit à  la ruine de la Black Star Line. Aussi à la liste des organes de surveillances des opérations anti UNIA par le gouvernement, s’ajoutait celle les individus et des organisations.

Après la déportation de Garvey en 1929, l’UNIA a tenu une sixième grande Convention Internationale du Peuple Noir du monde en Jamaïque. L’absence de Garvey de son quartier général américain imposée par les Etats-Unis a toutefois conduit à des scissions au sein du mouvement. Une base de l’UNIA Inc. opérait hors des Etats-Unis et la faction de Garvey, l’Association Universelle des Noirs et des Ligues des Communautés Africaines du Monde qu’il avait fondée en 1929 avait ses quartiers généraux en Jamaïque. Il ne s’agissait pas d’une scission africaine américaine contre une rupture caribéenne comme elle est habituellement décrite car un grand nombre de séparatistes basés aux Etats-Unis venaient eux-mêmes des Caraïbes. Les factions de Garvey maintenaient l’allégeance de nombreux Garveyistes américains et elles contrôlaient le Negro World  qui continuait à soutenir les déclarations de Garvey.   

Une septième convention internationale fut tenue en Jamaïque en 1934 et une huitième convention, la dernière en date du vivant de Garvey eut lieu en 1938 à Toronto au Canada.  Entre-temps, Garvey s’était réinstallé à Londres en 1935 pour tenter un retour du  mouvement vers son ancienne prééminence. Sa mort à Londres en 1940 a provoqué par la suite une désintégration de l’association. Le quartier général du mouvement se déplaça une fois de plus aux Etats-Unis, où il y eut par la suite des scissions. Des groupes restés loyaux a Garvey changeaient souvent leurs noms du genre Clubs Garvey et autres. Néanmoins, l’organisation est restée un facteur important dans les communautés africaines américaines bien qu’elle ne soit plus la toute puissante organisation d’antan. En 1945, l’UNIA présenta un important mémoire rédigé par la veuve de Garvey, Amy Jacques Garvey, à l’attention des initiateurs de la conférence des Nations Unies à San Francisco. Cette année-là, l’UNIA Jamaïque était représentée au cinquième congrès panafricain organisé par Georges Padmore et Kwame Nkruma à Manchester en Angleterre. En 1950, le Mouvement Africain Nationaliste Pionnier de Carlos Cooks et le Mouvement Nationaliste Universel Africain de Benjamin Gibbon étaient les mouvements des ramifications de l’UNIA les plus remarquables. Tous deux étaient basés à Harlem. En 1971, des unités rescapées de l’UNIA ont tenu une conférence unificatrice à Youngstown, dans l’Ohio afin de regrouper les différentes factions en une seule confrérie.

Après la mort de Garvey, plusieurs nouvelles organisations importantes ont été créées par d’anciens Garveyistes. Aux Etats-Unis, il s’agit du Mouvement Ethiopien de la Paix, du Mouvement National pour la constitution d’un 49e état et de la Nation de l’Islam. En Jamaïque, le mouvement Rastafari a été créé par d’anciens Garveyistes. Les Garveyistes et les enfants des Garveyistes ont continué à diriger des mouvements politiques à travers le monde panafricain. Il s’agit notamment des congressistes Shirley Chisholm et de Charles Diggs aux Etats-Unis ; de Jomo Kenyatta, de Kwame Nkrumah, de Nnamdi Azikiwe au Nigéria ; et des leaders du Mouvement des Jeunes du Congrès National Africain en Afrique du Sud.

L’UNIA jouit toujours d’une existence modeste avec des divisions dans plusieurs villes d’Amérique du Nord, d’Amérique Centrale, d’Afrique et des Caraïbes. Le fils de Garvey, Marcus Garvey, Jr. est devenu président général en 1922 lors d’une convention à Washington D.C. Il a été réélu pour une période de 4 ans à Philadelphie en 1966 et à Montréal en 2000. Le succès de l’UNIA dans son apogée des années 1920 reste incomparable dans l’histoire panafricaine.                                                         

 

— Tony Martin

Clarke, John Henrik. (1974). Marcus Garvey and the Vision of Africa. New York: Random House. 

Garvey, Amy Jacques. (1970). Garvey and Garveyism. New York: Collier Books. (Original work published 1963). 

Garvey, Amy Jacques. (Ed.). (1986). The Philosophy and Opinions of Marcus Garvey, Or, Africa for the Africans. Dover, MA: The Majority Press. (Original work published 1923). Martin, Tony. (1983). Literary Garveyism: Garvey, Black Arts and the Harlem Renaissance. Dover, MA: The Majority Press. 

Martin, Tony. (1986). Race First: The Ideological and Organizational Struggles of Marcus Garvey and the Universal Negro Improvement Association. Dover, MA: The Majority Press. (Original work published 1976). 

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