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dimanche, 23 mars 2014 16:30

La Tragédie de la Porte du Non-Retour

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Des millions d’Africains te franchirent, toi et des milliers de portes qui te ressemblent, les portes du non-retour. Capturés, détenus ici en captivité, des hommes, des femmes et des enfants, quelques-uns à peine âgés de vingt ans, souffrirent dans des conditions insupportables.

 Dans ce lieu, deux cent femmes vigoureuses, furent gardées ici dans ce cachot, quelques fois pendant six mois en attendant l’arrivée d’un bateau. On leur donna des récipients, l’un pour faire leurs besoins et un autre pour contenir leur nourriture. Beaucoup furent si malades et si faibles qu’elles se soulagèrent là où elles dormirent. Sur le sol de ce cachot, le sang des menstruations se mêla aux urines et aux excréments pour faire de ce trou,  la quintessence du mal.  

Toi, la porte de non-retour, tu fus le témoin silencieux de la brutalité humaine. Tu vis le visage du mal dans le regard de ceux qui nous fouettèrent le dos durant la traversée. Vous avez pensé que nous n’allions plus jamais revenir. Vous vous êtes tenus là, debout, pendant notre passage à travers vos portails à destination des Amériques. Vous avez fait l’histoire et vous êtes devenus l’histoire, tandis que nous n’étions que pleurs et hurlements, implorant Dieu : “ Où es-tu ? Mon dieu où es-tu ? ” Enchaînés, les fers aux pieds, nous sommes partis de cette terre ignorant tout de notre destinée.

Ils t’ont nommée la porte du non-retour. Lorsque nous t’avons traversée et que nous avons vu cette belle terre pour la dernière fois, nous nous sommes jurés que nos enfants reviendraient. Il y a des choses que vous n’avez pas vues : sur les milliers de navires qui ont mis soixante jours pour trouver les Amériques, nous avons souvent fait l’expérience de l’agonie et nous nous sommes enorgueillis lorsqu’une personne succombait en disant : “ elle est allée retrouver la terre de sa mère ou il est allé retrouver la maison de ses amis. ”

Tu ne peux pas voir à partir de cette falaise, le champ de coton de la Géorgie ou le champ de  canne à sucre de la Jamaïque. Tu ne vois pas les plantations de banane du Costa Rica ou du Brésil. Ecoute ? Ecoute le silence des morts ! Sens la présence des vivants ! Ne sommes-nous pas revenus ! Ne sommes-nous pas les enfants d’Afrique ? N’est-ce pas la terre de nos ancêtres ? La déformation de nos cultures, de nos religions et de nos traditions qui a été source de peine et d’agonie… nous a brisé et a brisé nos cœurs.

Torturés, frappés, lynchés, violés et travaillant jusqu’à en mourir dans les Amériques, nous avons rêvé de la période d’avant l’esclavage et nous avons marché dans la nuit sur cette terre de nos souvenirs en nous posant, toujours, cette question : “ quel est l’origine du mal qui nous a frappés ? ” 

Et à présent, qui vois-tu ici ? Ne sommes-nous pas revenus ? N’ai-je pas apporté ici les pierres que j’ai ramassées dans les plages où nous avions été dispersés ? Saches qu’à présent, tu n’es plus la porte du non-retour !  

 

Lu 13258 fois Dernière modification le mardi, 25 mars 2014 02:09

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